De l’étain dans la tête!
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J’ai brièvement évoqué l’autre jour, dans un commentaire sur la toxicité du plomb, la possibilité qui nous est offerte de fabriquer nos têtes plombées à base d’étain. Je profite donc du précédent article de Sylvain sur le moulage pour rebondir (dzoiing!) et développer plus longuement ce détail.

 Tout d’abord, il faut bien rappeler que pour l’homme, le principal danger du plomb, comme l’a justement souligné Sylvain, n’est  pas lorsqu’il dort  au fond de l’eau, mais lorsqu’il bout au fond de la casserole.  Les vapeurs de plomb sont en effet  très toxiques et ont des conséquences irréversibles sur l’organisme. On ne le répètera jamais assez : ne coulez jamais du plomb dans un local confiné et éloignez-vous le plus possible du récipient contenant le plomb en fusion.

L’étain, dont la densité et le bas point de fusion sont assez proche de ceux du plomb ne présente à priori aucun danger. Je dis bien à priori, car il est difficile de trouver de l’étain vraiment pur à bon marché. On peut en trouver en petite quantité sur certains sites spécialisés, mais c’est très cher (autour de 30€ les 200 gr…).  Il faut donc se rabattre le plus souvent sur les objets en étain variés (gobelets, pichets, etc.,) que l’on peut acheter pour quelques euros sur les marchés aux puces et les vide-greniers. Pour être sûr que l’on a bien affaire à de l’étain de qualité, il faut au moins que les objets aient un poinçon, ça évite les alliages à trop forte teneur en plomb, car beaucoup d’objets dit « en étain » en contiennent parfois jusqu’à 50%… Méfiance donc. Ils contiennent aussi presque toujours de l’antimoine, dans une proportion de 4 à 6%, ce qui apporte de la rigidité au métal. L’antimoine est considéré comme toxique  par ingestion, mais je ne pense pas qu’il soit dangereux par ses vapeurs.

Pour savoir si oui ou non on est en présence d’étain, la meilleure façon, une fois rentré chez soi, est de faire« pleurer » le métal, qui effectivement émet une sorte de petit craquement à peine audible quand on le plie.  Si ce n’est pas le cas, c’est que vous avez acheté des objets en plomb ! Prenez de toute manière  les mêmes précautions qu’avec le plomb au moment de la coulée.

L’intérêt principal de l’étain est sa brillance assez chaude, proche de celle de l’argent. Il ne s’oxyde que très peu, contrairement au plomb qui noircit,  et procure des moulages d’une grande finesse d’empreinte. La différence est flagrante sur la photo ci-dessous.

Sa densité est moins élevée que celle du plomb. J’ai calculé que c’était à peu prèsdans un rapport de 0,7. Donc une tête plombée classique de 10 gr ne pèsera plus que 7 gr en étain,  une autre prévue pour 50 gr ne pèsera que 35 gr. Ce n’est pas forcément un désavantage, cela va donner une nage un peu plus légère et moins saccadée au  leurre souple, avec un volume visuel plus large. C’est même un plus pour les moulages de pilkers ou de plombs palette par exemple, qui vont d’avantage papillonner à la descente.  Du reste, le fameux « poisson d’étain » n’avait sûrement pas volé sa réputation d’excellent leurre à perche et à brochet !

J’ai lu qu’en dessous d’une température de 13°, l’étain devenait plus cassant, voire même pulvérulent en cas de températures franchement négatives (la peste de l’étain), mais ça tombe bien, je ne pêche jamais par -40° !

A température normale en tout cas, l’étain  que je coule a l’air plus dur que le plomb, les moulages sont en effet plus difficiles à ébarber.

A essayer, si vous aimez bricoler, ne serait-ce que pour éviter les vapeurs de plomb, et pour vous donner bonne conscience si vous laissez quelques montures au fond de l’eau !

Texte et photos: Jean-Paul Charles

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About Jean Paul CHARLES

Pêcheur et artiste, je m'intéresse aussi aux "à-côtés" de la pêche, et notamment à la littérature et aux œuvres d'art qui lui sont consacrées.
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