Le mort manié

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A la redécouverte du mort manié

 

La manié est passé de mode, c’est un constat indiscutable. Auparavant lorsque les leurres souples se contentaient de 3 ou 4 modèle et que seul Rapala était une marque de poissons nageurs, le manié était pourtant la technique reine pour pêcher les carnassiers.

C’était plus qu’une mode, c’était un esprit pêche, l’une des premières fois que le concept de pêche sportive s’attaquait aux carnassiers autres que la truite.

Petit retour historique, le manié, une technique 100 % Française, est arrivé dans la fin des années 70. Popularisé par Albert DRACHKOVITCH et sa célèbre monture qu’il aurait mise au point au  lac de  Pannecière (58), cette technique a été portée par la marque Astucit qui depuis le début a commercialisé les montures et les cannes particulières dévolues à cette pêche.

 

A. DRACHKOVITCH et H. LIMOUZIN, le pape et le chantre du manié

 

Car oui, à l’époque, donc dans les années 80, le manié c’était la tendance du moment. Le pêcheur branché de l’époque s’habillait en treillis, rangeait son matériel dans des boites à cigares en métal et découvrait que les sandres mordaient à autre chose qu’au vif.

Le pêcheur à la cuiller, équipé de sa « nouille » en fibre de verre, de son Mitchell 300 et de son Aglia Mepps n° 2 connaissait les touches de brochets et de perches mais la prise d’un sandre était un sacré coup de bol. M.Albert et sa monture ont popularisé une pêche itinérante, sportive, où tous les carnassiers se faisaient prendre. Et à ce moment là, ce fut l’explosion.

brochet au manié – photo O. Bernolin

Il faut encore vous rappeler pour les plus jeunes d’entre nous, que le sondeur était interdit voir même n’avait pas encore été inventé. Que les barques étaient toutes en fibres ou en bois et pesaient très lourd, que la pêche populaire alors c’était le gardon à la roubaisienne.

Donc du carnassier il y en avait  et même beaucoup, surtout des sandres que personne ne pêchait. La technique du manié s’est développée sur ce terreau fertile, et elle a bien poussé.

Quelques années plus tard, popularisée par H. LIMOUZIN dans le magazine « la pêche et les poissons » la pêche au manié est devenue la référence de tout amateur de carnassier. Chacun s’est équipé de la trique de 3m qui résonnait pas trop mal, le nylon fluo qui arrivait s’est tout de suite imposé comme un accessoire indispensable.

Astucit s’est developpée et  A. DRACHKOVITCH est devenu une légende. J’ai pris mes premiers  poissons au manié avec une canne Silstar et un moulinet sans marque vendu en supermarché. La monture était facile à fabriquer soi même, restait juste le problème de l’approvisionnement en vif frais.

moulinet Mitchell Quartz

Pour le manieur, il fallait une canne spéciale, raide et longue d’au moins 2,70 voir plus. Remarquez que c’est la première fois dans la pêche des carnassiers que les pêcheurs ont eu à s’équiper d’une canne « spéciale ». Auparavant on pêchait avec une seule canne passe partout. Cet équipement nouveau s’est ensuite démocratisé et a donné des idées aux fabricants avec les premières cannes « tirette » puis avec la multitude de cannes actuelles.

Idem pour le moulinet, pour un bon manieur, il fallait un ratio lent, tout le contraire  des moulinets cuillers. Je me souviens que Mitchell avait sorti un modèle Quartz spécial manié. Je vous raconte des choses qui se sont passées dans les années 90, voir avant.

Le manié à amené ou s’est vite emparé des nylons fluos, indispensables pour gérer les touches qui ne déplacent que votre fil sans pour autant être senties dans le poignet.




 

 

Et pour conclure cette digression, le manié à amené à la démocratisation de la « monture », ce truc que l’on peut faire soi même et sur lequel on peut mettre un vif, un LS, une barde de lard, une lanière d’encornet ……Cette même monture qui s’est propagée en différents modèles et qui a conduit à un procès entre l’inventeur et des commerçants copieurs.

La manié a été  et reste pour moi le sauve bredouille par excellence. Son efficacité est indéniable et bien supérieure à tous les leurres réunis et badigeonnés à l’attractant, équipés de billes….

Le manié est la technique suprême que tout pêcheur de carnassier se doit de maitriser, d’autant qu’elle n’est franchement pas difficile.

Dorénavant plus besoin d’une canne spéciale, une simple canne leurre suffit. Ces dernières sont devenues très résonnantes et bien meilleures que les vieilles cannes manié. Pour le bord, prenez au minimum 2,70 m alors qu’en bateau 2,1m suffisent.

Coté moulinet on pourra utiliser n’importe lequel du moment qu’il accepte la tresse. Celle ci sera chargé de faire vibrer la canne et nous transmettra toutes les infos.

Pour les montures, je n’en utilise que deux que je bricole moi même. Evidemment ce ne sont que des copies de Drachkovitch, elles vont tellement bien que je ne me suis pas donné la peine de les modifier.

La seule différence se situe au niveau du plombage, pour le brochet je glisse une olive longue sur le corps de la monture de façon à la rendre plus planante. Il semble que le brochet n’aime pas trop les animations saccadées que possède la monture originale. Et ce n’est pas moi qui le dit mais « le maitre DRACHKOVITCH ».

 

Montures à manier de fabrication personnelle

 

Pour ceux qui ne l’on jamais pratiquée, la technique est très simple, on fixe un poisson sur la monture appropriée à sa taille, on lance et on anime et c’est tout !

Avec les deux triples, le poisson se prend bien et les décrochés sont assez rares. Malheureusement les souches et les rochers mordent aussi très bien avec cette technique.

 

Voyons les deux types d’animation de base:

Pour le sandre, on prend contact avec le fond et par de brèves saccades, quelques glissés, on anime son manié au fond. On essaye de faire évoluer son poisson en dents de scies par de petits à coups de poignet.  Toujours garder le contact avec le fond, c’est l’élément important à retenir. Évidemment on laisse des montures au fond mais si on les fait soi même, cela ne reviens pas si cher que ça (environ 30 cts une monture ).

Pour le brochet, on utilise son manié comme un leurre, le contact avec le fond n’est pas indispensable, l’animation devra être plus coulée, plus molasse, plus calme.

Là où c’est très encombré on peut utiliser un seul triple ou bien utiliser des triples anti-herbe. Un bon bas de ligne acier est indispensable car il m’est souvent arrivé de retrouver mon manié au fond du gosier du bec.

La seule animation inefficace est le linéaire, un manié ne nage pas il se « manie » encore que je suis sûr que certains lecteurs ont certainement déjà pris un bec en ramenant simplement leur mort manié.

photo O. Bernolin

Les experts, et il y en a de moins en moins, on fait de véritables cartons au manié. Les sandres en ont fait les frais et certains secteurs ont été désertés car trop matraqués. Maintenant peu de poissons connaissent encore le manié. Ils voient passer à longueur de journée des « lipless » des « jerkbaits » ou encore des LS salés et imprégnés d’acides aminés, mais plus de proie naturelle. Il faut dire que transporter des vifs pour les tuer au dernier moment est une corvée que bien peu de pêcheur acceptent de bonne grâce. Les leurres ne nécessitent qu’une boite.

 

 

Vous pouvez par contre mettre 5/6 poissons morts dans un tupperware rempli de gros sel, il ne s’écailleront pas et vous serviront lors de votre partie de pêche.

Parmi les animations qui marchent lorsque plus rien ne marche, il y a le posé sur le fond où l’on ne fait plus rien durant quelques secondes. Le tremblement au fond fonctionne aussi bien pour les percidés. Quand au brochet les Irlandais utilisent une hélice devant la monture pour la rendre rotative comme une cuiller, il paraît que ça donne bien sur le brochet.

30 ans après sa démocratisation auprès d’un large public, son invention daterai de 1967/1968, j’ai toujours dans ma boite quelques montures au manié mais presque plus personne ne pêche avec. Pourquoi ?

Dans notre volonté de pratiquer une pêche « sportive » donc propre, on en arrive à bannir la pêche au vif. Tuer un gardon devient impossible pour certains et prendre un carnassier avec un poisson mort  va à  l’encontre de la nouvelle philosophie « sport » initiée non pas par des philosophes à la pensée ouverte mais par des pêcheurs dont une certaine forme d’intégrisme ou d’intransigeante irraisonnable semble devenir la référence pour les années à venir. Bien entendu les marques de leurres en prônant la pêche super propre et super technique et super fun et super ……y sont pour quelque chose dans la désaffection du manié. D’autant qu’ Astucit a déposé le brevet et attaque toutes copies mêmes certaines assez loin de l’esprit de l’original.

 

C’est vrai que trimballer ses vifs, les conserver à la maison, n’aller à la pêche qu’avec une canne et une boite de montures c’est moins « classieux » qu’avoir des tas de boites remplies de jouets de toutes les couleurs, avoir plusieurs cannes pour le drop, le texan, le jerkbait…….

C’est la société de consommation qui nous déteint dessus et je suis une des fashion victimes car j’ai plein de cannes, de boites de leurres etc etc..

 

Mais pourtant j’ai encore un espoir pour mon cas personnel. Certains jours j’en ai marre de toutes ces centaines de modèles de leurres souples et durs. J’ai envie d’authenticité et je prends ma canne, cinq montures, quelques chevrotines et une pince, je tue 5 vifs que je place dans un sac et je pars au manié. C’est simple, c’est revigorant et ça me rappelle un passé qui souvent me manque. Et là au bord de l’eau, je manie en toute simplicité cette invention géniale, peu améliorée depuis sa création, qui prend et prendra toujours du poisson.

Gardez la pêche.




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