L’aventure des marques pêche : Mitchell
avatar

S’il est bien une marque dont la France peut être fière c’est bien celle de Mitchell. Certes celle-ci n’a plus son lustre d’antan depuis qu’elle a été rachetée par les Américains qui en ont fait un produit standardisé et fabriqué à bas coûts en Chine. Elle reste pourtant une aventure humaine dans laquelle  il fut un temps où la France régnait sur l’innovation pêche. Voici son histoire :

L’histoire de Mitchell démarre dans le village de Cluses situé dans la vallée de l’ Arve en Haute Savoie. Au début du 18ᵉ siècle un horloger du coin s’installe dans ce village où la main d’œuvre est nombreuse et disponible l’hiver à cause du confinement dû à la neige. Les paysans locaux fabriquaient diverses pièces d’horlogerie revendues à Genève qui les assemblait pour en faire des montres ou des horloges. Ainsi naquit dans ce bourg un savoir faire particulier de micro mécanique et de science de l’engrenage. Tant est si bien qu’une école nationale d’horlogerie naquit dans cette bourgade en 1848, attirant de nombreux travailleurs et investisseurs. C’est ainsi qu’au fil du temps des sociétés de mécaniques virent le jour dont la firme Carpano et Pons.

 

Dans les années 1930, la société angevine « la Canne à Pêche » a vent d’un nouveau type de moulinet à tambour fixe et désire être la première marque de pêche à en distribuer un fiable. Elle cherche donc qui pourrait résoudre les problèmes de conception et de fabrication et jette son dévolu sur la société Carpano et Pons de Cluses dont l’ingénieur en chef jouit d’une excellente réputation dans le milieu.

Le premier prototype de ce type de moulinet pouvant lancer bien plus loin est né dans ces ateliers et après quelques essais c’est la naissance du Mitchell en 1937, nom donné pour faire américain et à la mode !! Un second modèle verra le jour en 1942 puis la version 3 arrivera en 1946. A compter de cette date la société Carpano et Pons délaissera l’industrie horlogère pour se consacrer exclusivement à l’activité pêche.

 

L’exportation du moulinet commencera aussi en 1946 mais ce n’est qu’en 1948 qu’un brevet sera déposé pour protéger cette invention. En France, la distribution du moulinet Mitchell sera effectuée par la Canne à Pêche alors qu’en Allemagne c’est la marque Balzer qui le fera.

Au niveau des États-Unis c’est la marque Garcia qui distribuait le Mitchell et les ventes décollèrent après un article élogieux dans le New York Times en 1951. En 1955, 600 000 moulinets avaient quittés Cluses pour les États-Unis, puis 1 million en 1957 !

En 1958, les moulinets Mitchell étaient commercialisés dans le monde entier, outre le célèbre 300 on trouvait le 302 pour l’eau salée, le 304 à corps rond, le 306 intermédiaire entre les 300 et 304, le 308 pour l’ultra léger, le 330 automatique et le 350 haute vitesse.

crédit photo: anglers.fr

publicité de 1966

 

Vint ensuite le temps de la prospérité pour la marque avec des années de rêve qui ont fait atteindre le cap de 10 millions de moulinets vendus en 1966. la gamme s’élargit avec des moulinets de traîne,  des moulinets mouche…En gros une gamme très complète.

En 1971, le cap des 20 millions de moulinets est passé puis en 1974 c’est une nouvelle aventure qui commence, mais une aventure éphémère puisque Garcia rachète Mitchell à Carpano et Pons en devenant majoritaire au niveau des parts. Arrive le premier choc pétrolier, la récession et Garcia n’arrive plus à financer et fait faillite en 1978. La production en France des moulinets continue car Carpano et Pons a racheté les parts de Garcia mais souffre énormément de l’absence de partenaire fiable établi aux USA pour la distribution des moulinets. Tant est si bien que Mitchell fait faillite en 1981.

 

L’entreprise a été rachetée par un Français, Philippe BLIME en 1982. Celui-ci a réorganisé la distribution mondiale du moulinet en créant Mitchell Sports distributeur exclusif des moulinets Mitchell. Il donnera un coup de fouet à la marque qui repartira  avec quelques beaux coups comme le Full Control et une gamme élargie. Mais c’est aussi lui qui fera fermer les usines de production en France pour des raisons de coût. En 1990 la dernière usine Mitchell ferme en France.

 

La marque sera rachetée par la société américaine JWA en 1990 puis Pure Fishing en 2000 et la qualité baissera avec la gamme Avocet. En 2014 Pure Fishing retentera une reconquête avec une nouvelle gamme qui recevra un bon accueil en France dont le nom Mitchell évoque toujours des souvenirs d’excellence.

En 2017, le dernier site Français ou Mitchell était implanté, à Marignier en Haute Savoie, fermera ses portes en laissant une cinquantaine de personnes sur le carreau. Plus aucun moulinet Mitchell n’était fabriqué ou assemblé en France depuis 1990 mais il restait un peu de cet esprit dans ce coin des alpes.

 

Désormais Mitchell vit sa vie, surtout aux USA, un site commercial Pure Fishing existe toujours en France dans le Jura.  Cette entreprise aura marqué les esprits de plusieurs générations de pêcheurs, tous nos pères ou grand-pères ont eu leur 300 et ont pris du poisson avec, pour ma part j’ai pêché de  1990 à 2003 avec un Privilège 40 qui fut le dernier modèle assemblé en France mais qui honnêtement ne tenait pas la comparaison avec les moulinets japonais de l’époque.

 

Mitchell est devenu une marque qui ne propose plus de haut de gamme, plus vraiment d’innovation mais du moulinet passe partout. En gros, elle ne nous fait plus rêver, juste nous lamenter un peu sur ce qu’elle fut lorsque notre pays régnait sur ce petit monde du moulinet spinning.

Gardez la pêche

Visitez le site internet de Mitchell

Visitez le site du Mitchell Reel Muséum avec plein d’infos, de schémas…Tout pour le collectionneur

Relire mon article « une visite chez Pure Fishing » de 2015 avant sa fermeture

About sylvain l'esoxiste

53 ans, habitant la région du Morvan, spécialiste de la pêche des carnassiers, auteur halieutique pour 1max2peche et Le Chasseur Français. Suivre esoxiste.com sur Facebook
This entry was posted in Hommage aux grands de la pêche, informations diverses pêche and tagged . Bookmark the permalink.

4 Responses to L’aventure des marques pêche : Mitchell

  1. Bonjour, nostalgie! Quel pêcheur en France, surtout de mon âge , n’à pas utilisé un moulinet mitchell? Sûrement très peu!

  2. Yoann says:

    Salut Sylvain, superbe série d’articles qui nous présentent les marques. très instructifs.

    Comme tu le sais (je t’avais envoyé quelques photos), j’ai un moulinet 300 A que je conserve précieusement. Faudrait que je pêche un brochet en privé avec ce moulinet juste pour me rappeller les sensations et comparer avec actuellement ! Je m’interroge toujours sur le pourquoi du « A ».

    J’ai relu cette article 2 fois. Et tu sais ce qui m’a traverser l’esprit ?

    Quand on voit le déclin de la marque « mitchell », je me dit que c’est très représentatif de l’état de la pêche en France: Un grand potentiel halieutique, mais dans les faits peu de poissons sorti, et surtout ça ne fait plus rêver le pêcheur lambda (peu où pas de poisson au bout de quelques sessions, arrêt de la pêche) !

    Si j’osais, je me dit que c’est même représentatif de l’état de la France.

    Par contre les 2 sites que tu propose à regarder sur mitchell, ne marche pas: firefox n’arrive pas à trouver ces sites.

  3. JOJO l'Affreux says:

    Il y a quelques mois j’ai racheté une canne drop-shot Mitchell,quelle tristesse de lire made in China.Cela me rappelle l’actualité qui nous interpelle aujourd’hui avec un autre produit fabriqué en Chine,mais comment avons pu en arriver là ?