L’attaque des clones
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Voici un titre qui ne démériterait pas dans une célèbre trilogie spatio-galactique, si la situation n’était pas aussi dramatique.

 

 

 

 

Image zwakia.blogspot.com

J’ai découvert ce fait alarmant à la lecture du compte rendu annuel d’activité 2019 de la fédération de pêche de Meurthe et Moselle.
Celui-ci révélait la présence d’une variété d’écrevisse encore inconnue dans la région, dans la rivière la Meurthe.
De plus, cette espèce a également été signalée en Moselle, dans un réseau de gravières situé en zone inondable, à une encablure de chez moi …
Et elle suscite déjà beaucoup d’interrogations : Quelle est sa capacité à avoir pu commencer à coloniser la rivière Moselle toute proche ?

Allons bon, nous avions déjà les gobies, les crevettes tueuses, les écrevisses américaines: Qui pouvait bien être ce nouvel hôte de nos cours d’eau, et d’où pouvait-il venir ?

Les quelques recherches effectuées au sujet de cette écrevisse, scientifiquement nommée « Procambarus virginalis », m’ont fait froid dans le dos.

Si j’avais été moi-même une écrevisse, j’aurais même pu m’exclamer : -« les pinces m’en tombent » !!!
Et si j’étais une écrevisse américaine, je me préparerais à faire les valises pour retourner au pays, car même avec Trump aux manettes, la vie va certainement être beaucoup plus cool là-bas (en tout cas pour l’instant …).

Mais quel est cet individu hors norme, ce Frankenstein de l’évolution, dont on pourrait penser qu’il est issu des expériences d’un savant fou, et dont le mode de reproduction aurait pu faire rêver Hitler au meilleur moyen de déployer perpétuellement ses légions aryennes?

Image Frank Lyko, DKFZ

 

Cette nouvelle espèce d’écrevisse, appelée communément « écrevisse marbrée », serait issue de l’accouplement de deux individus de type «Procambarus fallax », originaires de Floride, dans le milieu confiné et stressant d’un aquarium allemand dans les années 1990.
Il est à noter que dans la nature, une telle situation n’aurait pu se produire.

Dans les faits, un des deux parents a apporté un gamète contenant deux copies des chromosomes au lieu d’une seule copie, ce qui a entraîné la naissance d’un spécimen femelle triploïde doté de caractères génétiques bien particuliers :

– En premier lieu, trois séries de 92 chromosomes, au lieu de deux normalement, ce qui pourrait expliquer cet avantage évolutif lui permettant d’augmenter sa capacité d’adaptation d’une manière très importante.

– Et en second lieu, la faculté de se reproduire par parthénogenèse, c’est à dire sans avoir besoin d’un mâle : Un seul individu femelle de départ a donné naissance à une descendance uniquement composée de clones d’elle même quasi parfaits, et se répandant à toute vitesse à travers le monde.

Il est à noter que seules deux autres espèces d’animaux sont actuellement répertoriées dans le monde pour ce mode de reproduction particulier, ce qui interroge la communauté scientifique : L’avantage évolutif de la reproduction sexuée serait-il battu en brèche ?

Des échanges entre aquariophiles ont permis d’essaimer la population de départ, et la prolifération très rapide des individus dans les aquariums a pu inciter certaines personnes peu scrupuleuses à en relâcher dans la nature afin de s’en débarrasser, ce qui a ouvert la voie à cette nouvelle espèce pour s’implanter à différents endroits de la planète.

Alors que de nombreuses espèces d’écrevisses sont au bord de l’extinction à travers le monde, Procambarus virginalis prolifère avec une facilité affolante, et ses clones se répandent en Europe, en Afrique, en Asie, dévastant les écosystèmes.
Elle est de plus porteuse saine de la peste des écrevisses (aphanomycose), maladie qui menace et décime les espèces indigènes.
Le cas de Madagascar est particulièrement emblématique : En dix ans, l’espèce a multiplié par 100 son aire de répartition, et l’écrevisse marbrée a quasiment éliminé toutes les espèces locales.
Même les populations exotiques déjà en place, nommées généralement « américaines », accusent le coup, …

Une véritable écrevisse mutante, dont l’espérance de vie peut aller jusqu’à 4 ans, un monstre pouvant évoluer dans tous les milieux et sous tous les climats, s’auto-clonant jusqu’à 700 fois par an (et donnant naissance à autant d’individus tous identiques qui vont ensuite s’auto-cloner …), un paradoxe évolutif, dotée d’une capacité d’adaptation prodigieuse : Voilà à quoi nous avons à faire.

Image fédération pêche Meurthe et Moselle

 

L’évolution de cette nouvelle espèce, née il y à moins de trente ans, est pour l’instant très difficile à prévoir, du fait de ses particularités génétiques hors normes, et cette population de clones, répandue à travers le monde, va sans nul doute créer de nombreux problèmes écologiques encore mal évalués.

De plus, malgré les interdictions de transport, conservation, etc. dues à son statut d’espèce invasive préoccupante, cette variété d’écrevisse reste une des préférées des aquariophiles, du fait de sa grande résistance et de sa faculté à se reproduire toutes les huit semaines …

Néanmoins, il faut signaler que certains scientifiques en médecine s’intéressent également à Procambarus virginalis, car son mode de reproduction serait assez semblable au mode de diffusion des cellules cancéreuses, et l’étude de cette espèce pourrait ouvrir la voie à la compréhension de certains mécanismes épigénétiques.

Dans tous les cas, il faudra certainement bien plus qu’un escadron de jédi stars-wariens pour venir à bout de cette invasion de clones, en marche pour coloniser la planète … Un véritable cauchemar.

AB

About Axel Bechler

Principalement adepte de la pêche aux carnassiers et truites aux leurres et au mort-manié, essayant de garder un esprit curieux et ouvert, mais aussi parfois critique, sur le monde halieutique. Remettant le plus souvent mes prises à l'eau, je m'autorise néanmoins de temps à autre à conserver un poisson.
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8 Responses to L’attaque des clones

  1. Yoann says:

    Bonjour Axel,

    je ne connaissais pas cette écrevisse. Article intéressant mais… inquiétant !

    J’espère qu’elle ne va plus se propager, ni s’étendre… Mais nous simple pêcheur lambda on peut rien y faire… où presque.

    Sait tu si nos amis carnassiers, qui rafolent des écrevisses, les mangent ?

    Dans ma vie, l’année dernière exactement, j’ai pêcher 2 silures en vilaine (68 cm et 70 cm), qui avaient le ventre bien plein… d’écrevisses ! La plus part étaient de louisianne (15-20 contre 1 seul a pâte grelle). Je le sais car par curiosité pour savoir si s’était l’ogre des rivières, je l’ai est prélever… afin d’en examiner le contenu stomacale.

    Curiosité de pêcheur et soif de vérité.

    était ce un comportement ponctuel du silure, qui malgré tout je pense doit rester opportuniste où un comportement rare ?

    Je n’ai pas assez d’expérience pour le dire.

    Car dans ce cas là, où le silure mange beaucoup d’écrevisses, à titre expérimentale, en plan d’eau fermer, lâcher quelques silures qui sont vactomiser pour ainsi ne pas se reproduire, le silure pourrait peut-être avoir un impact sur cette nouvelle colonie d’écrevisse, et peut être nettoyer le plan d’eau de ses écrevisses invasives ?

    Yoann

  2. fane85 says:

    Bonjour, je connais bien cette écrevisse (de par mon boulot) qui déjà par le Rhin et l’est de la France arrivait depuis au moins 5 ans de cela, prises en pêche électrique avec la viridis (he oui une autre aussi). Elle est comestible comme la plus part, ce qui pose un problème quand on sait qui et comment ces espèces se retrouvent partout.
    Concernant les espèces effrayantes, vous n’avez pas encore vu alors la Cherax destructor, ces espèces, comme bien d’autres invasives (les pires contrairement à ce que l’on croit sont les végétales) , arrivent en France de plus en plus vite, mondialisation oblige.

  3. frederic says:

    moi je me pose la question a savoir est ce que l’organisme qui gère nos eaux française souhaite vraiment éradiquer des rivieres et plans d’eaux les écrevisses non autochtone. je me pose la question car quand tu contactes les aappma ou la fede de ton département pour connaitre la maille des balances a écrevisses tu t’aperçois que l’utilisation de la maille de la balance n’est pas la plus petite . tu ne peux donc qu’imaginer que les fede ne souhaitent pas retirer de nos eaux et de surcroit sauver nos écrevisses française puisqu’ils laissent la possibilité aux écrevisses « étrangère » de passer a travers les mailles de la balance.

  4. jéjé pecheur vendéen says:

    salut merci pour l’info je ne connaissais pas cette espece!
    est elle comestible?classée nuisible?
    en tout cas physiquement je préfère celle de l’article précédent…

    • Axel Bechler says:

      Bonjour,

      Comestible, je ne sais pas …

      Espèce invasive émergente, et elle est considérée comme une espèce préoccupante au titre du règlement européen n° 1143/2014.

      Axel

      • Bonjour, inquiétant ton article! Chez nous dans le morvan, les rivières à truite sont progressivement envahies par l’ecrevisse signal, quand à elles comestibles! Certains pêcheurs en prennent des quantités considérables à la balance, chaque saison, mais il y en a toujours autant!alors la, cette espèce que tu décris si elle joue sur les populations d’américaines, ça doit être terrible!!

        • Axel Bechler says:

          Bonjour Eric,
          Je ne vois pas de raisons au fait que l’écrevisse marbrée ne soit pas comestible. Mais dans le doute, je préfère ne pas l’affirmer …
          Axel

          • Et oui! Depuis l’invasion des écrevisses signal dans nos 1eres catégories, moins de truites,et d’écrevisses autochtones, qui survivent tres haut dans le morvan dans des ruisseaux ,ou les américaines ne sont pas encore arrives! impossibles à éradiquer totalement, elles doivent reproduire rapidement! Le pire elles se propagent rapidement de rivières en rivières, un vrai fléau!