La canne Tenryu Super Mix Evo 240
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Certains d’entre vous se demandent sûrement quel est l’intérêt d’acheter des cannes qui coûtent le prix d’un ordinateur portable, et surtout si elles sont vraiment meilleures que celles qui valent trois fois moins cher, en termes de performance. Moi aussi je me le suis demandé longtemps, jusqu’à ce que je me décide à acheter une de ces petites merveilles.

Je précise que je ne suis pas spécialement fortuné et que j’ai donc longuement hésité avant de faire cet investissement mais la tentation a été la plus forte… J’ai aussi succombé à « l’aura » qui entoure cette marque, je l’avoue…  Mais je peux donc porter désormais un jugement  objectif sur la Tenryu Super Mix Evo 240 que j’ai pu tester ces dernières semaines, bien que les poissons ne fussent pas très coopératifs dans l’ensemble. Ce test a donc surtout valeur en ce qui concerne ses aptitudes générale, mais il me faudrait prendre quelques gros becs bien combatifs pour qu’il soit réellement complet.

Doc fabricant

Premières impressions :

J’ai reçu ma canne dans un simple tube en carton pour le transport, pas de tube cordura ou autres à l’intérieur, juste une housse de protection basique en nylon molletonné fermée par un velcro.

Je m’attendais à mieux pour une marque qui se veut l’une des meilleures au monde… C’est comme si on vous livrait une Ferrari avec des sièges en skaï ! C’est un peu léger. A la limite, j’aurais préféré un simple étui en toile de bonne qualité, ça aurait protégé aussi bien la canne tout en étant plus facile à ranger.

Passons sur le contenant et voyons le contenu :

La Super Mix est une canne en deux brins inégaux, qui présente la particularité d’avoir un emmanchement droit, et non pas par spigots.

Je l’ai choisi dans une longueur de 2m40, à mon avis la taille idéale pour le bateau (et efficace aussi du bord) pour une puissance de lancer de 20/60 gr. Le scion principal mesure 142 cm, pas facile à transporter, mais l’action est naturellement bien meilleure qu’une deux brins égaux. Les deux brins sont maintenus dans la housse par deux mauvais velcros que j’ai mis de côté car franchement peu pratique. J’oubliais de dire que la housse ne comporte qu’un seul compartiment au lieu de deux, ce qui explique la présence des velcros pour éviter que les brins ne frottent entre eux pendant le transport. On a vu mieux…

Le blank :   Le montage est  très soigné, le blank est parfaitement lisse et les ligatures noyées sous d’abondantes couches de vernis qui restent cependant très discrètes.

Et bien sûr l’ensemble est peint du fameux rouge vermillon qui caractérise la marque et qui lui apporte un charme indéniable. Concernant le carbone utilisé et les processus de fabrications je n’ai pas réussi à obtenir d’informations concluantes, Tenryu ne communique pas sur le sujet, ou alors de manière très floue (beaucoup de blabla mais aucune info réelle), je suppose qu’il s’agit d’un carbone de module intermédiaire pour la partie supérieure, vu la souplesse relative du scion, et en carbone haut module pour le reste, mais ça reste à prouver. Trois caractéristiques se détachent de ce blank :

1-L’action est progressive, presque parabolique, ce qui peut surprendre lorsqu’on est habitué aux actions rapides de la plupart des cannes spinning. C’est l’une des raisons qui m’a fait choisir ce modèle. L’avantage de ce genre d’action est que l’animation est plus « moelleuse », surtout avec des leurres souples et des ondulantes, on peut travailler plus doucement ses leurres, bref, c’est moins saccadé qu’avec les triques habituelles, ce que j’apprécie grandement. D’autre part les décrochages seront forcément moins nombreux, surtout avec la tresse, le scion absorbant plus facilement les coups de tête du poisson.  Enfin on peut lancer toute sorte de leurres : La Super Mix porte bien son nom, c’est réellement une canne polyvalente, aussi à l’aise avec des petits poissons nageurs qu’avec des ondulantes lourdes.

2-La réserve de puissance est très importante. Cette canne plie rapidement sur le premier tiers, puis le reste du blank entre en action, ce qui donne l’impression que même pliée en deux, elle a encore du nerf ! On voit mal quel poisson pourrait briser cette canne, le fil cassera bien avant que soit atteint sa limite. Donnée pour une puissance de ligne de 30 lbs, je pense qu’elle peut aller bien au-delà, de même pour la puissance de lancer à 60 gr. J’ai lancé sans problème jusqu’à 80 gr, en faisant attention tout de même à avoir une bannière suffisamment longue et sans forcer comme une brute.

3-Sa sensibilité est excellente, et je crois que c’est vraiment là son véritable point fort : on détecte le moindre battement de queue d’un leurre souple ou d’une ondulante à 40 m du bord, le moindre choc, le moindre toc. Les ferrages sur les touches subtiles sont grandement facilités ! Il est évident qu’en pêche en traction, elle doit faire des ravages. Cette canne ne laisse rien passer, c’est un vrai plaisir de lire le fond comme si on pouvait le toucher du doigt. Le porte-moulinet y-est aussi pour quelque chose comme on le verra plus loin.

Je demande beaucoup à mes cannes, et celle-ci n’a pas bronché quel que soit les situations, signe de son évidente solidité. Cette canne n’est pas une roseau de verre! Ses performances de lancer n’ont par contre rien d’exceptionnel contrairement à ce qui est annoncé. J’ai fait aussi bien, voire mieux -en utilisant un moulinet et un fil identique- avec d’autres cannes bien moins chères. Disons qu’elle se situe dans la bonne moyenne (50/60 m pour des leurres de 30 à 50 gr), sans plus. Son nerf est toutefois inusable selon le constructeur, et il est vrai que certaines cannes qui lancent bien au début s’essoufflent au bout d’une saison de pêche, les fibres extérieures du blank finissant par se rompre au bout des lancers répétés, même si ça ne se voit pas à l’œil nu. Cela reste donc à confirmer, mais ce blank est virtuellement inusable.

Le talon est assez fin, avec un amortisseur caoutchouc au pommeau. On peut regretter qu’il soit un peu court, 10 ou 15 cm supplémentaires auraient été les bienvenus à mon goût. Mais je chipote.

 

 Les anneaux : Par rapport à la Super Mix d’origine, le modèle Evo est muni des anneaux Fuji K anti emmêlement, c’est à peu près tout ce qui diffère, mais ces anneaux apportent vraiment un plus lorsqu’on utilise les tresses en 8 brins, afin d’éviter les perruques. L’anneau de départ est tri-patte, ça évite la casse des ligatures, comme cela m’est arrivé récemment sur une Sakura de même puissance mais équipée d’un anneau de départ mono patte. Il faut bien comprendre qu’en cas de forte traction ou de lancer appuyé, c’est l’anneau de départ qui absorbe la majorité de l’énergie, et qui est donc le plus vulnérable, avec l’anneau de tête.

Après, il y a en tout 8 anneaux sur le scion principal à la conicité prononcée et très proche du blank pour un effet tunnel garanti. Le revers de la médaille c’est que la tresse à tendance à coller le long du blank à son extrémité, surtout au moment des changements de leurre lorsque la bannière est détendue. Ce n’est pas très grave mais il faut rester vigilant à ce que la tresse ne s’emmêle pas autour du scion.

 

Le porte moulinet : De type inversé, Fuji bien sûr, il est en mousse EVA noire haute densité (on ne fait pas de marque lorsqu’on essaye d’y enfoncer un ongle…), confortable et compact. Le moulinet est solidement chevillé et ne fait qu’un avec la canne, c’est important pour la résonance car c’est votre main qui détecte les touches. Les informations transmises par le fil et le scion arrivent mieux à votre main si le pied du moulinet est correctement plaqué le long du blank, et c’est le cas ici. Sobre, élégant et fonctionnel, il n’y a rien à redire.

 

La prise en main : D’emblée, le charme opère. Cette canne légère -173 gr sur ma balance- est un régal à utiliser. Comme je l’ai dit, sa résonance incroyable en fait un outil quasiment chirurgical et c’est un vrai plaisir que de passer au peigne fin des secteurs que l’on croyait connaître et dont on découvre des facettes insoupçonnées. On lance presque pour le plaisir de lancer ! C’est un beau et bon produit, qui se découvre petit à petit. J’ai mis plusieurs heures avant d’en tirer la quintessence, cette canne s’apprivoise. Mais une fois qu’on l’a bien en main, c’est que du bonheur ! Je n’ai pris encore que quelques petits becs, mais les sensations étaient au rendez-vous.

 

Conclusion : La part du rêve est une chose importante à la pêche, et ici nous avons je pense 40% de technologie et 60% de rêve. Je pense qu’on peut trouver l’équivalent de cette canne chez d’autres fabricants pour beaucoup moins cher (St Croix notamment) mais ça n’en reste pas moins une bête de concours à la fois fine et solide, performante et agréable. Si je devais la noter, je lui mettrai un 17 sur 20. J’ai juste été un peu déçu par ses performances de lancer pures, mais ses autres qualités compensent largement ce défaut relatif. Je n’ai pas mis 18 ou 19 à cause de son prix, mais elle n’en est pas loin…

Texte et photos: jean-Paul Charles

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About Jean Paul CHARLES

Pêcheur et artiste, je m'intéresse aussi aux "à-côtés" de la pêche, et notamment à la littérature et aux œuvres d'art qui lui sont consacrées.
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