Ils vivent dans nos eaux: La lamproie de Planer

Je me suis aperçu que tout le monde savait ce qu’était un vairon mais que peu de pêcheurs avaient eu l’occasion de voir une lamproie, un chabot, une grémille…..

Voyons donc une bestiole méconnue du grand public: La lamproie de Planer ou Chatouille ou encore moutelle dans notre région.

Vif de légende à la réputation de super sauve bredouille, elle est désormais protégée partout en France et il est interdit de l’employer tout autant morte que vive.

 Cet animal n’est pas un poisson, il s ‘agit d’un représentant de la famille des agnathes, quoique les scientifiques préfèrent les classer maintenant dans une famille nommée pétromyzontides. Pour ma part, savoir qu’une lamproie n’est pas un poisson me suffit. La différence est qu’elle n’a pas d’écaille, pas de colonne vertébrale, pas de nageoires appairées. 

Photo Guillaume DOUCET

Notre lamproie de Planer est différente de ses cousines marines et fluviatiles par son absence de migration eau douce/eau salée et par le fait qu’une fois qu’elle est devenue adulte, elle ne se nourrit  plus. Donc pas de méchantes chatouilles qui dévorent  nos truites dans nos rivières morvandelles.

 J’ai tenu dans mes mains cette bestiole la première fois il y a de nombreuses années à Tavernay (71) au lieu dit « la passerelle », sa morphologie est vraiment étrange. Elle est assez vive et possède un mucus plutôt abondant.

Photo JB DIOUX

 

Le plus étonnant chez cet animal dont les ancêtres peuplaient les eaux il y a  300 millions d’années (ils ont connu Denver le petit dinosaure !) c’est son système respiratoire. Elle dispose de branchies pour respirer mais n’utilise pas la méthode poisson. Ceux ci avalent l’eau par la gueule et la rejettent par des ouies, les branchies situées sur les arcs branchiaux recueillent l’oxygène au passage de l’eau. Chez nos lamproies, les branchies sont enfermées dans des sacs branchiaux (des cavités à une seule entrée) et ce sont les contractions rapides de ces sacs qui permettent une respiration. On peut voir les trous de ces sacs nommés spiracles qui sont au nombre de sept de chaque coté du tiers supérieur du corps.

 Notre Chatouille est bien représentée sur les rivières morvandelles. Elle mesure de 12 à 20 cm environ pour un poids moyen de 2 à 5 g. Son dos est bleu vert, ses flancs sont jaunes et le ventre est blanc.

 Cette chatouille adulte ne vivra pas très longtemps, en effet elle ne prends cette forme que pour se reproduire et meurt ensuite. Auparavant elle sera restée 5 à 7 ans à l’état larvaire enfoncée dans le substrat des rivières où, aveugle, elle se nourrit de détritus et de zooplancton. N’ayant aucune dent ni aucune mâchoire, elle piège sa nourriture grâce à son mucus présent dans son pharynx.

 

La métamorphose dure de 3 à 10 mois et se termine à l’automne. Le système digestif s’atrophie empêchant toute prise de nourriture. Les femelles acquièrent une nageoire annale et les yeux chez les deux sexes deviennent fonctionnels.

 La reproduction  a lieu au printemps suivant  d’avril à juin par une température de 8 à 11 °c. Les femelles font un nid ou selon un scientifique jusqu’à trente individus peuvent se reproduire sur le même nid. 

Reproduction de lamproies de Planer (Photo Olivier BELIN)

La femelle colle sa bouche ventouse contre un caillou et le mâle se colle à la femelle pour féconder ses œufs. Elle dépose un peu plus d’un millier d’œufs durant une période qui peut durer plusieurs jours.

 Une fois leur ouvrage terminé, ils meurent tout simplement.

 Les œufs éclosent au bout de 3 à 6 jours et les larves s’enfoncent  immédiatement dans le substrat avec une préférence pour les sables vaseux.

 La lamproie de Planer qui ressemble à s’y méprendre à sa cousine fluviatile mais en modèle réduit serait un écotype de cette dernière, une variété qui serait restée piégée en rivière dans les périodes préhistoriques et qui s’y serait acclimatée mais en ayant des caractéristiques nouvelles. 

Spiracles (sacs branchiaux) chez la lamproie de Planer

Si vous découvrez un jour une chatouille, admirez là avant de la remettre à l’eau, vous serez devant un animal qui aura vu la formation du continent européen, la disparition des dinosaures et la venue de l’humain.

 Voici une vidéo d’Olivier Belin, rédacteur sur 24leurres.com qui a eu la chance de filmer une reproduction de « chatouilles »:


 

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About sylvain l'esoxiste

50 ans, habitant la région du Morvan, spécialiste de la pêche des carnassiers, auteur halieutique pour Planète Carnassiers, 1max2peche et Le Chasseur Français. Suivre L'Esoxiste sur Google+ et esoxiste.com sur Facebook
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2 Responses to Ils vivent dans nos eaux: La lamproie de Planer

  1. Hervé says:

    Ah les chatouilles , que d aventures quand nous partions en chercher du temps ou on pouvait pecher avec , je crois 😳 ! Bref oui un sacré sauve bredouille , pas besoin de 2 cannes , le plus dure était de les accrocher sans les tuer et ensuite ca chauffait pour le grelot !!!

    On partait en mobylette avec la pelle et un bocal dans la musette et c était bien sympa !

    Avec les pollutions celles ci ont quasiment disparues des russeaux ou nous les trouvions , je ne sais pas s il en est revenu car bien sur on n a plus le droit de l utiliser , tant pis ! 😥