Silure : Faut il un classement en nuisible pour ce poisson ?
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silure 74 120715 (1)S’il est bien une question récurrente relative à la pêche des carnassiers c’est bien celle ci, faut il classer nuisible le silure et le détruire ?  A chaque AG de ma fédé j’entends cette question et les avis sur le silure sont la plupart du temps très tranché : On on aime ou on déteste.

Perso j’aime bien mais je nuancerai mon propos dans les lignes qui vont suivre. En attendant essayons de voir les arguments pour ou contre qui cristallisent une fois de plus le tout petit monde des pêcheurs de carnassiers.

On en a connu des soi-disant ogres de rivières, au début ce fut le brochet qui mangeait tous les blancs de la grande majorité des pêcheurs au coup puis ce fut le tour du sandre. On l’ a accusé de tout pour le faire disparaître, porteur d’une maladie, poisson tueur par amusement…etc etc.

Puis le temps ayant fait son œuvre en matière d’ oubli et les pêcheurs ayant découvert le goût exquis du sandre il a bien fallut trouver un nouveau bouc émissaire, responsable de la disparition des carnassiers et pour cela le silure avait tout pour lui.

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Entre nous ce poisson a une sale gueule, ces petits yeux, ce menton prognathe, cette absence d’ écailles et ce mucus abondant. Que dire de ses deux barbillons si étrange sur une énorme tête..

Le silure est originaire du bassin du  Danube, comme tous les poissons il colonise de nouveaux milieux s’il en a l’occasion et les canaux de jonction entre Danube et Rhin et autres rivières lui ont permis d’aller voir ailleurs si l’eau était bonne.

Et comme elle l’était il s’est reproduit et a colonisé d’autres zones.  Sur ces zones il y en avait de riches en brochets ou en sandre et l’ arrivé de ce prédateur  dont la taille en impose à tous, on a vu ces zones se dépeupler doucement.

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Bien que tous les carnassiers cohabitent, il nous faut revenir à la notion de biomasse qu’un ami diplômé en pisciculture m’ a exposé. Une quantité d’eau donnée ne peut accueillir qu’une quantité donnée de vie. Ainsi un étang de X  m3 ne pourra supporter que X tonnes de poisson dont X kilos de carnassiers.

Si vous avez seulement du brochet dans ces X kilos vous ne les dépasserez pas car les brochet supplémentaires créeront un déséquilibre qui fatalement conduira à un rééquilibrage naturel de leur quantité. S’il y venait a en avoir trop ils finiraient par mourir de faim ou de maladie.

Introduisez un autre carnassier et obligatoirement les X kilos de votre étang seront composé de brochets et de l’autre carnassier, si c’est du silure, à terme car il devient plus gros..ce sera lui le X kilos.

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Si en Fleuve c’est difficilement quantifiable en étang il est sur que mathématiquement la présence de silure fera baisser le nombre de brochets et de sandres, c’est indéniable. C’est pourquoi certains lacs et étangs voient les silures se développer et la population de sandres et autres carnassiers chuter.

Les pêcheurs de silures vouent une grande admiration à ce poisson de sport qu’est le silure, un poisson qu’on peut prendre de multiples façons, qui devient énorme et  fait venir les pêcheurs de loin. Leur admiration pousse quelquefois certains à devenir très cons et à introduire du moustachu là où il ne devrait pas être, juste pour le plaisir égoïste de le pêcher. Et ceci dessert le silure qui  ne devient plus rare mais trop abondant, ce qui conduit à ces comportements outranciers de silures plantés dans les arbres ou éventrés.

Le silure se développe et personne ne pourra arrêter son expansion, elle se fera d’ elle même lorsque les populations vont se stabiliser, croître ici et disparaître là, c’est la nature qui commande. Classer ce poisson nuisible est pour moi un non sens car on ne le fera jamais disparaître et on n’empêchera jamais un siluriste de rejeter à l’eau un trophée.  Wait and see, c’est ce que nous devons faire. Admettre qu’il y aura moins de sandres, moins de brochets là où il y a du moustachu, donc se mettre à le pêcher car c’est un vaillant combattant dont la défense vaut celle du brochet et dépasse largement celle du sandre.

photo Olivier Bernolin

photo Olivier Bernolin

Cette méfiance voir défiance envers le silure attire malheureusement les appétits des pêcheurs pros et on les voit désormais se présenter comme des sauveurs capables de nous débarrasser des méchants silures. Ils accusent les glanes d’ être les principaux prédateurs des anguilles et des saumons via quelques images prises dans une passe à poisson mais c’est vite oublier que ce sont les pêcheurs pros les vrais prédateurs des saumons et anguilles dans les estuaires.

On voit de la désinformation des deux cotés, anti et pros silures, pour le côtoyer depuis de nombreuses années, j’ai vu du brochet dans le ventre d’un silure mais aussi le contraire et le silure mange ce qu’il trouve.

Le silure est intéressant à pêcher, demandez aux allemands ou aux pêcheurs de l’ Est qui le recherchent exclusivement à Mequinenza, qui ne savent pas que la perche se mange alors que les boulettes de silures sont pour eux un plat de fête.

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Je ne pense pas que classer nuisible ce poisson ne fasse grand chose, tout au plus les ignorants seront encore plus méfiants vis à vis de lui et le grand public pourra croire qu’un silure mange des enfants pour son dessert.  Il est là, faisons avec et amusons nous à le pêcher.

Gardez la pêche.

 

About sylvain l'esoxiste

50 ans, habitant la région du Morvan, spécialiste de la pêche des carnassiers, auteur halieutique pour Planète Carnassiers, 1max2peche et Le Chasseur Français. Suivre L'Esoxiste sur Google+ et esoxiste.com sur Facebook
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19 Responses to Silure : Faut il un classement en nuisible pour ce poisson ?

  1. pyke.nokill says:

    je pense que oui il faudrait classé le silure nuisible car il n’est pas fait pour vivre dans nos rivieres qui sont pas assez grande pour ce poisson .
    entre les cormorants- les silures- les pecheurs profesionelle -et les viandars-
    les autres carnassiers vont disparaitre

  2. ludo71 says:

    Un petit silure d’1m par an, en beignets, je trouve ça très bon ! D’ailleurs, sur ce site, à plusieurs reprises a été publiée les résultats d’études de l’EPIDOR qui montraient que le silre n’avait pas plus d’impact qu’un autre carnassier… Ni plus ni moins…

  3. JACQUES says:

    Bon article sur le fond, je ferais juste une petite remarque, sur la SAÔNE où le silure semble en régression, la population semble de brochets remonter, ou effet de la taille à 60cm.
    Si les pro trouvent un débouché commercial du silure, les autres carnassiers en profiteront peut-être…ou pas. Entièrement d’accord avec votre ami diplômé en pisciculture c’est comme partout il y a une ressource et un gateau ne grossit pas avec le nombre de convives……

    • Lesfilmu says:

      Salut,
      « un gateau ne grossit pas avec le nombre de convives…… » dans nos cuisines, non. Dans un écosystème, potentiellement, si (pas « forcément » mais « potentiellement » 😉 ).
      Je vais essayer de développer en simplifiant à l’extrême, les « puristes » ne m’en voudront pas j’espère 😉
      On imagine un milieu à peu près sain et équilibré. Mais blindé d’écrevisses américaines. Qui se nourrissent allègrement des oeufs des pontes des poissons. Impact : recrutement naturel faible par disparition de tout ou partie des pontes. On introduit un prédateur de l’écrevisse, on va dire des Bass. Régression massive des écrevisses, augmentation des pontes arrivant à terme, augmentation du recrutement. Si le milieu fourni suffisamment de nourriture aux nouveaux arrivants, augmentation de la biomasse… qui permet de nourrir plus de bass. Et ainsi de suite.
      La prédation dans un milieu est un facteur de DEVELOPPEMENT de la biomasse, par élimination des rachitiques, tarés (au sens propre), faibles, etc.
      Donc non, l’introduction d’un nouveau prédateur n’est pas forcément un jeu à somme nulle, et c’est pour çà que toutes ces notions dépendent LARGEMENT du milieu dont on parle… et aussi la raison pour laquelle les politiques d’AAPPMA sont souvent contre-productives, genre « on va mettre du bass parce que les gens en veulent » et qui déséquilibre le milieu (replacer « bass » par n’importe quoi d’autre), juste parce que CE milieu ne le permet pas, alors qu’ailleurs, çà marcherait nickel.
      Lesfilmu.

  4. Bonjour,
    Ne pensez-vous pas que la question économique risque de peser lourd dans cette réflexion, car de grandes marques ont bien compris l’intérêt financier à la pêche du silure. Je suis toujours surpris du nombre et de la grosseur du matériel en vente concernant ce poisson, et pour ma part, c’est le seul reproche que je lui fais, car quand on veut s’attaquer aux silures, on a tendance à mettre du gros matos, et lorsque l’on prend un brochet ou un autre carnassier sur une canne qui était destinée au silure, il y a vraiment pas de quoi être fier de notre capture. Ah, il est loin le temps ou l’on pêchait le brochet avec du 30 centième.
    Salut à tous, et je précise que je n’ai rien contre le silure qui, lui le bougre n’y est pour pas grand chose.

  5. Lesfilmu says:

    Pour Sylvain, un complément sur la notion de biomasse.
    Tu as raison sur le principe, mais il faut le pondérer un peu.
    De un, la biomasse d’un milieu donné dépend plus du cubage et des différentes strates de profondeurs que de la surface du plan d’eau.
    De deux, le critère de loin le plus important, c’est la quantité de nourriture disponible POUR CHAQUE STRATE DE POPULATION, ainsi que de la disponibilité et la surface utile de frayères PPOUR CHAQUE ESPÈCES.
    Et la valeur de X quantité de biomasse (sous-entendu « piscicole » dans ton billet) sera donc totalement liée au milieu, et avec des amplitudes qui peuvent être énormes d’un milieu à l’autre.
    Pour le cas du silure (et des prédateurs au sens large) le critère le plus parlant n’est pas la biomasse en « poids de silure » mais la quantité de nourriture qu’il ingère. Or un silure adulte mange moins « au kilo de poids de corps » qu’un brochet ou un sandre. Autrement dit, la « biomasse totale de prédateur » pourra être supérieure si le silure est majoritaire sans pour autant créer le moindre déséquilibre puisqu’il consomme moins au kilo 😉
    De toute façon, au sens large, ce qui régit la biomasse d’une espèce, c’est un savant équilibre entre la quantité et le type de nourriture disponible, l’espace disponible et son état biologique (pollution, types d’habitats, etc) et là présence de frayères.
    Lesfilmu.

  6. Newbie34 says:

    Pour une fois si on pouvait laisser faire les pecheurs pros, à y etre si ils pouvaient enlever les black et les sandres aussi ce serait top pour notre brochet et notre perche francaise !

  7. Axel says:

    Bonsoir,
    Pour ceux qui ne l’aurait pas encore lu (ce document mériterait à lui seul un article).

    http://www.aappma-sarrebourg.com/images/brochure/Rapport%20silure%20Rhone%202016/index.html#p=43

    Axel

  8. yvan Huck says:

    J ai lu, que le sandre était le roi des carnassiers et que certain gestionnaire de plan d’eau craignent son arrivé.
    La black bass, lui n’est qu’un poisson ludique, son introduction n’a pas d’impact sur la population des carnassiers. Peux être sur les poissons chats et les écrevisses.

    Existe t il une étude scientifique sur ces sujets ?

    Cela permettrai de s’appuyer sur des éléments verifiés

    • Lesfilmu says:

      Salut,
      Aucun carnassier n’est « roi ». Ce qui existe par contre, c’est la notion de « super prédateur ». Cette notion est basée sur le principe de celui qui est en haut de la chaine alimentaire D’UN DOMAINE PARTICULIER.
      Le sandre pourra l’être dans un milieu, le silure dans un autre, le black bass dans un autre, etc.
      Pour le Black Bass, c’est un carnassier comme les autres, ni plus ni moins. Son introduction dans un milieu qui comprend déjà d’autres carnassiers aura donc un impact sur ces autres carnassiers (ou sur lui-même si ce sont les autres qui « gagnent »), ainsi bien entendu que sur le parc alimentaire disponible.
      Cet impact pourra être faible ou fort selon le milieu, selon le type de nourriture disponible, et plein de paramètres assez complexes, mais qui tournent autour de : postes de chasse, nourriture disponible (type et quantité), concurrence dans sa niche écologique (très proche de celle du brochet), zones de reproduction, etc.
      C’est un poisson halieutiquement intéressant, mais absolument pas « neutre » pour son environnement, rien ni personne n’est neutre pour son environnement…
      Lesfilmu.

  9. chirvanian says:

    C’est un poisson qui a toute à fait sa place chez nous il est très plaisant à prendre c’est un valeureux combattant laissons le et laissons faire la nature

  10. Le regulateur says:

    Salut, mon avis est que la nature fera sa sélection , il y a des endroits où le silure sera roi, et dans d’autres endroits le sandre ou brochet, cela me rappelle il y a quelques années lorsque le sanglier à commencé à proliférer dans le morvan, certains chasseurs disaient que le chevreuil allait diminuer et c’est le contraire, toutes les espèces peuvent cohabiter il suffit d’un biotope favorable,;;; une espèce vraiment nuisible ! Les ecolos! Car eux ne cohabitent pas avec les autres utilisateurs de la nature. A plus.☺

  11. Patrice says:

    Je suis contre la présence des silures dans les plans d’eau fermés (étangs, lacs,…)

  12. Lesfilmu says:

    Bonjour,
    D’accord globalement sur le propos, le classer nuisible ne résoudrait rien, il est là et il faut faire avec. D’ailleurs, il suffit de regarder les autres espèces classées pour constater de l’énorme effet de ce classement sur les populations concernées… écrevisses ou perche soleil en tête…
    Cela dit, le classer nuisible n’est pas une affaire de gestion de la pêche. Ni les pêcheurs (quel qu’ils soient, pro ou non) ni les AAPPMA n’en ont la capacité (au sens juridique du terme). Donc le fait qu’on en parle au sein du milieu halieutique, c’est une discussion de comptoir de plus, rien d’autre…
    Ce classement se fait sur des critères biologiques et écologiques (au sens propre du terme), exclusivement et par les organismes qui en ont la responsabilité..
    Or, pour que çà se passe, il faut des raisons… et là, çà va être compliqué… On va me répondre « nuisible en milieu aquatique, çà n’existe pas, c’est susceptible de créer des déséquilibres qu’il faut retenir », ce qui est exact. Or, une « baisse » des populations d’une (ou deux) espèces de prédateurs au profit d’une troisième, çà ne crée pas le moindre déséquilibre dans la biologie du milieu… et aucun prédateur n’a jamais éradiqué les autres (au sens « dans leur bassin de distribution »).
    Pour ce qui est des introductions sauvages*, des introductions dans des plans d’eau bien trop petits, là oui, il y a matière à discuter. Mais dans des grands lacs de barrage « ouverts » ou des fleuves et grandes rivières, biotopes d’origine de cette espèce, la question n’a aucun autre fondement que radio moquette…
    A titre perso, je ne suis « ni pour ni contre, bien au contraire » (Coluche) et le procès qui lui est fait est de toute façon vain : il est là et l’éradiquer est impossible.
    Si on veut soutenir le brochet, on fait des frayères, on restaure les zones humides, on laisse faire les crues, on arrête la canalisation des plans d’eau, on laisse se développer les herbiers, etc. Mais penser qu’en éradiquant le silure d’un millier le brochet va y revenir et s’y installer, c’est une vue de l’esprit. Et le brochet, s’il trouve un bébé silure à bouffer, il ne va pas s’en priver…
    Ce WE, j’étais en float, je croise un gars sur un bateau et lui pose la question des densités de perches, en particulier les grosses. Quelques bribes de la conversation, mises dans le désordre « les mecs les ont massacrées depuis quelques années, certains rentraient avec plus de 10kg dans la bateau », « samedi dernier j’ai fait 7,5kg de perchauds », « c’est l’arrivée des silures, d’ailleurs, on a fait des fouilles stomacales et il n’y avait que des perchauds et des brocs »… c’est clair que « les autres » à 10Kg c’est un problème mais pas lui à 7,5kg et sur ce lac réputé pour ses populations énormes de perches/perchauds et brochets, il est très étonnant que le silure mange ce qu’il trouve sur place…
    Un bon résumé, je trouve, de ce qu’on entend au bord de l’eau… « c’est pas moi c’est l’autre, mais le silure c’est de sa faute » (changez « silure » par n’importe quoi d’autre, c’est la même histoire quel que soit le « responsable »).
    Lesfilmu.

    [i]* sur ce plan des introductions sauvages, en particuliers dans des étangs dans lesquels ils n’ont rien à faire, on le met toujours sur le dos des pêcheurs de carnassiers, mais c’est très loin d’être la majorité. Dans beaucoup de cas ce sont les carpistes qui les ont introduits, « pour qu’ils bouffent les petites carpes afin de permettre aux autres de grossir plus et plus vite »[/i]

    • Le regulateur says:

      Bonjour lesfilmu, tu a entièrement raison, certains pêcheurs sont plus nuisible que le silure, 10 kg de perches gardées c’est idiot , quelques unes pour consommer pourquoi pas, je ne suis pas no-killeur intégral, à la truite j’en préleve parfois pour la cuisine, et aussi certains pêcheurs prennent plaisir à traquer le moustachu, alors laissons faire les choses,
      La prédation entre espèces vivantes n’en a jamais fait disparaître, seul l’homme à éradiqué des espèces, je n’ai jamais pris de silure mais ça doit valoir le coup. A plus.