La truite en ruisseau sauvage
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Fuyant les parcours bruyants, connus, aménagés, il existe une catégorie de pêcheurs de truites qui aime la solitude et les endroits sauvages. Ceux ci seront servis avec le Morvan et ses mille ruisseaux aux eaux acides et froides qui semblent abandonnés de l’homme. Et pourquoi ne pas essayer une fois de tenter d’attraper une vraie sauvage dans cet environnement fabuleux, départ pour les ruisseaux sauvages.

J’ai longtemps pêché les sources de l’Yonne gérées par l’ AAPPMA La truite morvandelle que préside mon ami JB, là bas pas de truites surdensitaires car la majestueuse Yonne qui rejoint la Seine à Montereau ne fait ici guère plus de 2m de large mais des farios de souche. Des poissons maigres qui ne grossissent pas vite, des poissons qui se méfient comme la peste de l’homme. Pour simplifier, des poissons durs à attraper.

L’Yonne, la Canche, la Celle, le Mechet, le Ternin, la Chaloire et toutes celles que je ne nomme pas, ces rivières qui prennent leur sources en plein cœur des monts du Morvan pour ensuite dévaler ses pentes et venir se perdre dans la plaine alluviale. Ces rivières sont celles où j’ai fait mes premières armes avec mon regretté grand père, puis avec mon actuel beau père, spécialiste de la truite en ruisseau.

 

Oubliez tout ce que vous avez appris sur la truite pour ne retenir que ces quelques secrets : être le premier au bord de l’eau, ne pas s’acharner sur un poste mais pêcher vite, être très discret et accepter de glisser, tomber, gaujer, nailler…..

La pêche en Morvan demande une bonne condition physique car vous allez arpenter des kilomètres de rives remplies de ronces, d’arbres morts, de falaises. Il vous faudra faire de l’escalade, de la marche commando. En outre le fond de la rivière est tapissé d’endroits où votre montage ira se coincer, les arbres font exprès de tendre leurs branches au dessus des postes les plus prometteurs….C’est la rançon d’un matin d’exception, côtoyer la beauté rude et sauvage en en bavant un peu.

 

Coté pêche les farios morvandelles sont noires de colère, leur énorme œil guette la moindre proie qui dériverait au fil de l’eau. L’attaque du leurre ou de l’appât est furieuse, la truite du Morvan cherche à se caver au plus vite.

Elles mordent à tout car la nature n’est pas généreuse avec elles, pas de troupeaux de vairons gras, peu d’insectes sous les pierres. Chaque chose qui dérive au fil de l’eau sera analysé rapidement et englouti tout aussi vite si ça ressemble à de la nourriture. Dans certains chaudrons qui datent de l’époque du flottage du bois, les petites truites plus rapides volent votre appât et leur remue ménage fait se terrer les plus grosses.

Un vairon de 7 cm sera aussitôt mis en pièces par un petite fario de 12 cm. J’en ai vu bondir hors de l’eau pour saisir un ver de terreau qui gigotait au dessus du poste attendant que la ligne ai fini de se balancer pour la poser précisément devant le caillou. Ces poissons sont des furies mais des furies d’une discrétion incroyable. Une ombre portée, un pas lourd, un lancer raté et c’en est fini du poste prometteur, la truite apeurée aura rejoint sa cachette en un coup de nageoire.

Si vous n’êtes pas le premier de la journée à passer, dites vous que la pêche sera très très difficile, si par chance personne n’est encore venu vous aurez peut être le bonheur de piquer une fario dans chaque trou comme cela  peut arriver lorsque la lourdeur annonçant un orage s’installe.

 

Les truites ne sont guère grosses,  mettre au sec une 25 cm c’est un petit exploit. Une truite de 15 cm se sera déjà reproduit et sur le parcours amont, la maille est à 18 cm. Bien entendu, on ne peut qu’encourager à remettre à l’eau un poisson de cette taille mais il peut arriver qu’en une saison le poisson de 20 cm soit votre plus beau coup de ligne. Peu importe, ces truites prises sur une ligne fine et dans ces conditions de dépaysement vous donneront plus de satisfaction qu’un bassine de 30 cm prise à la Mepps 2.

 

Coté technique, c’est le royaume du toc ou du vairon à la grande canne qui permet plus de discrétion. Ici pas de place pour animer un leurre, c’est posé et pris sinon ce n’est pas la peine. L’idéal est une telérèglable de 5m, quelques plombs, montures à vairon (l’Armor vif est excellente pour ce type de biotope), quelques hameçons pour pêcher au ver. Voila tout le matériel à trimballer sans oublier ses appâts bien sûr !

 

Marcher au milieu des bois durant de longues minutes, entendre pas après pas le bruit de la rivière en fond de vallée, la découvrir au détour du chemin oublié et prendre ces truites superbes est pour moi un moment inoubliable que je réitère chaque année.

 

Juste pour info, les parcours dans toutes ces petites rivières contiennent souvent des réserves, des pêches privées, renseignez vous avant, laissez le gangsta fishing aux parisiens à capuches.

Gardez la pêche !

 

About sylvain l'esoxiste

50 ans, habitant la région du Morvan, spécialiste de la pêche des carnassiers, auteur halieutique pour Planète Carnassiers, 1max2peche et Le Chasseur Français. Suivre L'Esoxiste sur Google+ et esoxiste.com sur Facebook
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12 Responses to La truite en ruisseau sauvage

  1. pluggin'fab says:

    Bravo Sylvain !
    Un article qui retranscrit bien ce que je recherche à chaque fois que je m’évade de la civilisation pour m’oxygéner les neuronnes… Une pêche qui ne supporte pas l’à peu près… Des impressions tellement personnelles qu’il est toujours difficile d’en parler, tant on est sûr que « personne d’autre ne peut comprendre » 😉

  2. Lionel F. says:

    Tu as très bien rendu l’atmosphère propre à cette pêche. Je ne pêchais que ces petites rivières au début avant de vouloir prendre, me disait-on, de vraies truites : des grosses quoi !
    N’empêche, au niveau plaisir pur, ça reste quelque chose d’exceptionnel où la moindre erreur est sanctionnée. Les poissons sont d’une beauté à couper le souffle, les jeux de lumière sont magnifiques.
    Faut quand même avoir une certaine condition physique, informer un proche sur le lieu de pêche (les mauvaises chutes, ça existe…), toujours porter une paire de lunettes (gare aux retours de branches ou épines dans les yeux…) et vraiment s’assurer de passer le premier, comme tu l’as dit. C’est une pêche de solitaire qui ne se partage pas !
    Je dirais simplement que tu as oublié de citer l’ultra-léger, l’arme absolue plus tard en saison, par un coup du soir orageux en mai/juin…

    • Salut Lionel,
      Pour l’Ultra léger que je pratique aussi c’est un peu plus tard en saison avec du matériel spécifique, je reviendrai dessus en mai juin car c’est « un truc de ouf » pour ceux qui n’ont jamais essayé.
      Bonne ouverture

  3. WALLY says:

    Bétiolot te vé pas chev’née tous les beuzenot du coin à filardiot nos picasse to bein pu ca les monter en iandeur ton grand pére voudrais ben ribouller ses callots dans la boite et moué j’men va ben patraché tous le parcours pour pas leur pas leur laisser une miotte….

    • philibert says:

      Finalement le Morvan c’est un peu la forêt de Broceliande avec l’esprit Corse
      Tu as bien raison !

    • Pas facile de répondre, 2 coupures d’électricité qui m’effacent le com surtout en morvandiau car c’est cette langue cher parisien qui est employé ici.
      A Wally: Avant qu’à montent damou pour veurcher dans les pians pi s’prendre une rouchée dans l’dos, y’a d’quoi faire. Te peux patracher, du moment qu’on marande une chtiote picassée de temps en temps.
      J’espère te voir samedi chez le Nanard.

    • philibert says:

      T’ave ben raison é jacasse mé c’sa ,é von tou veni d’ave yeté ch’pau à piume
      Faut point ye s’en laissi !

    • philibert says:

      oui,oui,oui……..une sacrée bande de carnaval que va veni. é manquerot piu qu’elle y’eux y baille le pianton d’ave les jaunasses.
      é m’a ch’pé de parisien mé que suis un tournugeois du bord de saône.
      y’a sé on m’a bailli du sang de poulot vore samedi métin j’va aller pôchi les dodos dans la r’vire, yé sûr qui é moins brave que vé vo mais au moins j’serai tout seul

  4. Sébastien says:

    Tout ce que j’aime, endroits sauvage pêches éclaires et surtout savoir rester discret .
    Vivement samedi.

  5. Popeye le marin says:

    La vraie pêche….quoi !

  6. fredodu12 says:

    Je fait partie de cette catégorie de pêcheurs « qui aime la solitude et les endroits sauvages » vivement samedi…

  7. Mika says:

    moi qui suis un fervent pécheur de truites et depuis de longues années… ça me fait rêver. J’ai l’impression d’avoir fait l’ouverture en restant devant mon écran. Vivement samedi !