Fabriquer ses leurres souples ?
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Axel LS 210716 2Les tarifs de certains leurres souples sont en constante augmentation et le prix à payer pour un « simple » morceau de plastique, le plus souvent produit en chine, tend à devenir prohibitif, surtout chez certaines marques.

Sans compter le packaging de certains produits, dont on peut se demander s’il n’a pas bénéficié de plus de temps d’étude que le leurre lui même (tout ça pour finir à la poubelle…).

Ce type de leurre, au départ, était pourtant une alternative bon marché face aux leurre « durs », réputés plus chers, mais qui ont une durée de vie assez longue. Des spécialistes en marketing commercial ont du passer par là …

Alors, face à cette envolée tarifaire, pourquoi ne pas se lancer, et fabriquer ses propres LS ? C’est facile, et à la portée de tous.
Internet regorge d’infos, avec de nombreux sites, des blogs, des vidéos et autres tutoriels, et je ne vais pas détailler ici la manière de procéder techniquement.

Le prix de revient d’un LS « home made » est l’argument de promotion principal mis en avant par les sociétés qui commercialisent le matériel servant à la réalisation de leurres.

Afin de faire la lumière sur cet argument, voyons le prix de quelques leurres que l’on peut trouver chez notre détaillant (hors promos, sur la base de données constructeur trouvées sur le net (tailles et poids)):

Un pig shad 23cm, 90g, prix en magasin : 12,00 Euros/pièce, soit 133,00 euros du kg

Un shadGT Delalande 11cm, 11g, prix en magasin : 1,00 euro/pièce, soit 90,00 euros du kg

1 kg de shadGT en vrac revient à 55,00 euros, prix imbattable !!! Mais on se retrouve avec environ 80 à 90 leurres tous identiques en taille et en couleurs: A moins d’être un pêcheur très maladroit, adepte du brochet arboricole, ou un pêcheur de piranhas aux dents acérées et très tranchantes, je ne vois pas bien l’avantage d’une telle formule.

SAWAMURA ONE UP SHAD – 10CM, 6g, prix en magasin 15,90 euros les 7, soit 378,00 euros du kg

DAIWA grubin shad 102, 6g, prix en magasin 6,80 euros les 7, soit 161,00 euros du kg

DAIWA grubin shad 200, 50g, prix en magasin 6,60 euros les 2, soit 66,00 euros du kg (très bon rapport poids/prix)

Caperlan Toolik 5cm, 1,00g, 1,29 euros les 5, soit 258,00 euros du kg

Caperlan natori 13cm,11g, 5,99 euros les 5, soit 108,00 euros du kg

Regardons du côté de la fabrication personnelle :

Pragmatiquement, (et au vu de ce que j’ai pu voir autour de moi), on copie toujours le plus souvent un leurre du commerce. C’est le plus simple moyen de comprendre comment procéder, et la réalisation d’un proto « personnel » n’est pas forcément le but visé.

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Lequel est la copie ? (C’est un Storm qui n’est plus commercialisé, mais que j’adore …)

Tous les leurres ne sont pas aisément reproductibles, et nonobstant les décorations peintes sur certains modèles, certaines formes ne permettent pas d’être facilement copiée artisanalement sans matériel conséquent, type coulée sous pression et moule en métal.

Pour ma part, et par mesure d’économie (c’est le but), je me cantonne à de la coulée par gravité dans des moules en plâtre synthétique vernis avec de la Glue’ALL diluée.

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Attention: Il est nullement question ici de faire du commerce avec des copies de leurre. Ma petite production ne concerne que ma consommation personnelle.

Essayons de de calculer au plus juste le prix d’un LS « maison ».

Un litre de plastisol revient environ à 20.00 euros, soit approximativement 25 euros du kg. (En outre, si l’on recycle ses vieux leurres à 50% de produit neuf, on peut descendre à moins de 15 euros du kg NDLR).

Il faut ensuite ajouter les colorants, paillettes, matériaux pour les moules … A moins de 100,00 euros d’investissement de départ, pas vraiment de moyens pour obtenir un résultat à la hauteur de ses espérances. Mais cette somme sera « diluée » dans le nombre de leurres fabriqués.

Prenons le cas de figure d’un LS pesant 25g. Avec un 1kg de plastisol, on est en mesure de couler 40 exemplaires, qui vont consommer en quantité l’équivalent d’un pot de colorant et de 1 pot de paillettes, soit 12,00 euros.

Le moule, quant à lui, pourra servir à plusieurs centaines de coulées, et son prix d’environ 5,00 euros est dérisoire, mais il faut quand même l’intégrer. 5,00 euros pour 100 leurres semble une base correcte, soit 5 centimes par leurre.

Ce qui nous fait un leurre de 25g dont le prix de revient est de 0,85 euros, avec comme équivalence prix/poids de 34,00 euros du kg.

Pris sous cet angle, cela semble imbattable … Et pourtant :

je considère que le prix du leurre « à la pièce » est plus proche de la vérité, plutôt que le ratio poids/prix.

En effet, perdre un Toolik Caperlan dans une souche, ou se faire arracher la moitié de la queue de son pig shad 90 par un brocheton, cela n’a pas les mêmes conséquences financières.

On remplace d’un côté, et sans trop rechigner, un leurre à 25 centimes, de l’autre, avec une petite larme, on balance à la poubelle 12,00 euros. Et pourtant, le rapport prix/poids est largement en faveur du Pig shad …

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Et c’est sur cette base que l’on peut se rendre compte que la production de leurres souples home-made n’est réellement rentable financièrement que pour des leurres d’une taille conséquente, dont le prix à la pièce est au moins de 3 à 4,00 euros.

Quel intérêt (en tout cas financier) de tenter de copier un LS à moins d’un euros/pièce, une fois mis bout à bout le prix des fournitures annexes, moules, micro onde, etc … ?

De plus, certaines marques (et non des moindres), commencent à pratiquer une politique tarifaire plus attractive, tel Daiwa avec la tresse J-braid et certains leurres, Gunki, qui vise une catégorie de jeunes pêcheurs, etc … Avec un peu de recherche (promos, soldes, fins de série …), il y toujours moyen de pouvoir pêcher pour pas trop cher.

Et pourtant, je suis un adepte du home made. Même si c’est le point de vue financier qui m’a mis au départ dans cette voie, j’ai rapidement mis de côté ce paramètre (qui reste malgré tout essentiel) pour me rendre compte que c’est un hobby qui m’amuse.

Fabriquer ses leurres souples, c’est un peu la même démarche que le palmiste qui fabriques ses mouches. La partie de pêche commence déjà à la maison, lorsque l’on prépare et peaufine passionnément ses montages.

Passé le fait de simplement copier un leurre existant, je m’amuse également à tenter quelques réalisations des plus personnelles (inspirées bien sûr par leurres du commerce, car en matière de LS, je ne vois pas vraiment ce que l’on pourrait encore inventer), ou à tenter des couleurs improbables.

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Quelques exemples de réalisations totalement « maison », relativement très facile à produire.

Sans compter le fait que je peux continuer à pêcher avec des leurres qui ne sont plus commercialisés, donc introuvables …

Plus besoin de me déplacer en magasin, ou de commander mes leurres favoris. Lorsque je n’ai plus d’un modèle d’une couleur, hop, une demi-heure dans mon petit atelier et j’ai mes 5 ou 6 leurres pour la prochaine session.

De plus, sans vouloir tomber dans le « green-washing », je recycle au moins 60 % en masse de mes LS, ce qui me permet, en plus d’être « éco-responsable » (c’est à la mode), d’améliorer mon rapport poids/prix.

Alors, si vous êtes prêt à vous lancer, n’hésitez pas … Le jeu en vaut quand même la chandelle.

Et quand la passion prend le dessus, on ne compte plus ses heures de travail …

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A ceux que cela tenteraient, je me permettrais simplement quelques conseils :

– Ne pas essayer l’impossible en matière de moulage. Les solutions les plus simple sont souvent les meilleures.

-J’ai pu tester les 3 ou 4 fournisseurs que l’on retrouve habituellement sur le net. J’ai reçu un retour très pro de tous, avec des réponses à mes questions fournies par des gens qui maîtrisent leur sujet. De plus, les produits proposés sont tous de bonne qualité, mais néanmoins avec des différences très notables :
La notion de « dureté » ou de « souplesse » est très différente d’un fournisseur à l’autre, et les plastisols, une fois coulés, ont des textures très différentes, étant, par exemple, plus ou moins « gras » au toucher …

A vous d’essayer, et de trouver ce qui vous conviendra le mieux.

AB

About Axel Bechler

Principalement adepte de la pêche aux carnassiers et truites aux leurres et au mort-manié, essayant de garder un esprit curieux et ouvert, mais aussi parfois critique, sur le monde halieutique. Fervent défenseur de l'idée du prélèvement raisonnable et raisonné, j'ai la chance de participer à une belle aventure en tant que membre du CA de l'aappma « Les Pêcheurs de Madine », avec une équipe ayant une vision moderne et responsable de la pêche.
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3 Responses to Fabriquer ses leurres souples ?

  1. Nico says:

    Oui sympa comme article, beaucoup de pêcheurs de carnassiers aujourd’hui ne connaissent pas le plaisir de prendre un poisson avec un leurre de sa propre fabrication, la plupart trouvent leur plaisir dans le fait de « consommer » les nouveautés… dommage pour eux chacun son truc.. C’est vrai que quand on met le prix des leurres souples du commerce au kilo, ça fait peur, ça fait vraiment cher la matière plastique.. les fabricants ont beau argumenter sur la soit disant technicité ou qualité de leurs produits un LS reste un LS. Le leurre qui prend le plus de poisson c’est celui que le pêcheur sort le plus souvent de sa boite.
    je suis convaincu qu’un one up « home made » fabriqué sans les additifs et la « supra-matière » qui fait soit disant son efficacité, est tout aussi efficace qu’un one up sorti d’une pochette du commerce.. si la fabrication maison de leurres souples n’est pas très répandue dans les revues de pêche, c’est simplement que les arguments de vente des fabricants et donc la vente de LS de manière générale en prendrait un sacré coup dans la tronche… à bon entendeur :)

  2. Hervé71 says:

    Merci Axel, je monte une partie de mes mouches, coule tous mes plombs et fabrique une partie infime de mes leurres souples ! Seulement un prototype que j’ai conçu moi-même et que je n’utilise qu’en verticale et qui est très prenant, j’en ai d’ailleurs donné une poignée a une personne ici et jamais eu de retour, peut être que le homemade d accroche pas niveau confiance ! lol ! Bref pour mon expérience j’ai moi aussi essayé de copier les leurres du commerce, mouais c’est bien mais bon beaucoup de paramètres jouent dans la conception de leurres donc c’est bien énervant par moment !

    Déjà il vous faut du silicone pour faire vos leurres, il en existe plusieurs type qui va du très souple au très dur, perso le très souple et le souple pour moi sont une vrai catastrophe car ils se déchirent soit à la sortie du moule soit au premier poisson donc je mélange le souple a du rigide pour avoir une résistance optimum !

    Ensuite le moule , pour la coulée par-dessus , ce qui est le mieux , alors soit vous le faite en plâtre soit en silicone souple , le soucis c’est qu’ il ne faut pas se louper lors de l’empreinte du leurre du commerce ou de votre prototype en Plastiline ou pâte a modelée !
    Si vous voulez faire comme un moule à plombs avec un moule en deux parties alors là je vous souhaite bien du courage , car le mode de coulée n’est pas le même , dans le précédent mode il sera juste simple de couler avec votre bécher directement depuis le dessus alors qu’ un moule a doublé partie il vous faudra ce qu on appelle un injecteur (genre de grande seringue parfois en alu) moi j’ai tenté l’aventure et pris une seringue en verre pour piquer le bétail et ça allait mais le gros soucis c’est qu il ne faut pas trainer et si l’on met une plombe lol , on aura un leurre incomplet ! Cool ! Donc j’ai abandonné ce mode !

    Ensuite les produits, les colorants sont soit en poudre soit en liquide, moi je préfère en poudre quoique j’utilise majoritairement la couleur chartreuse en liquide (pas vraiment chartreuse mais j’en parlerais après !) Le gros soucis des colorants liquide c’est que quand on ne les utilise pas pendant un moment ils se séparent en deux dans le flacon, le pigment au fond et le silicone en haut, donc c’est bien pénible, un écrou mis dans le flacon vous secouer et des fois ca remélange le tout, mais nous n’y pensons pas tout le temps et ne coulons pas des leurres tous les jours !
    Pour colorer vos leurres déjà il faudra faire un sacré paquet de tests car il ne sera pas facile de trouver la couleur parfaite et c’est souvent du pifomètre , par exemple moi qui ne fait que des leurres blancs nacrés et chartreuses pour le chartreuse je dois prendre cette couleur en liquide (transparente a la base) , un peu de vert émeraude , du blanc liquide , du blanc en poudre et une goutte de noir liquide , la moindre erreur et le vert chartreuse se transforme en vert caca d’oie ou water melon , vous comprendrez donc la complexité pour faire ces couleurs et le paquet de leurre et de temps perdu ! Je rajoute même un colorant en poudre pour les rendre phosphorescent ! On peut mettre aussi des paillettes, oh c’est chouette, ne m’en parlez pas, dès l’introduction dans le mélange silicone coloré liquide chaud ces paillettes iront se caler bien au fond du bécher et comme il faut se dépêcher dans le moule la majeure partie se trouvera dans le bas du leurre ! Donc ça aussi j’ai abandonné !

    Je ne mets pas ce méga commentaire pour vous décourager mais il y a tout un tas d’éléments qui détruiront vite votre patience ! A la base il vous faut un micro-onde acheté dans un cash pour pas cher et juste pour cette utilité , un ou deux bécher , le moule que vous fabriquerez , le silicone , un stabilisateur de température liquide pour que le silicone de crame pas , les colorants ,un arôme (ca c’est le top) , les paillettes si vous voulez , une espèce de sel pour soit disant jouer sur la flottabilité du leurre (sans il flotte et c’est très bien ) , et avec il doit couler ce que je n’ai pas vu en en mettant !, et surtout une paire de gant pour ne pas se bruler , un masque pour ne pas trop respirer le plastique en fusion et être dans un endroit bien aéré !
    La base de la fabrication est simple , on verse le silicone dans un bécher , le silicone est blanc , il faut trouver la bonne température de chauffe donc faire mumuse avec le microonde car il doit passer de blanc a translucide , si vous tarder il va cramer d ou l’ajout du stabilisateur , ensuite ce dépêcher de prendre le bécher , faire rapidement votre mélange colorants puis arômes ,voir sels et paillettes ! le remettre quelques secondes dans le microonde pour le reliquéfier puis vite le couler dans le moule et en mettre beaucoup plus car le silicone ce rétracte en refroidissant , moi j’ai trois moules pour le même leurre maison , ensuite au contraire de la coulée de plomb le temps de démoulage sera plus long car les leurres ne se rigidifient pas vite , donc une fois les trois leurres coulés , dans mon cas , attendre puis les sortir délicatement des moules et les mettre dans un récipient remplit d’eau ! Il ne restera plus qu à couper les bavures éventuelles, les mettre dans le bécher et couler des leurres jusqu’ à avoir vidé le bécher ! Et voilà !
    Donc c’est tout un art bien pénible par moment mais l’avantage premier pour moi c’est l’histoire de l’ajout d’un arôme qui fera que le poisson gardera plus longtemps en gueule qu un leurre du commerce, certains leurres du commerce en possède mais la plupart ce n’est qu un arôme de surface ou en faible quantité à l’intérieur, moi je surdose les miens donc ils sentent vraiment fort ! Dans les arômes vous avez en liquide Ail, Anis, Calamar, Écrevisse et peut être d’autres mais je ne les connais pas !
    Je me coule une dizaine voir vingtaine de leurres type shad maison par an (des fois quelques-uns de plus car on m’en demande) qui prennent très bien surtout à la verticale même en linéaire et même s’ils n’ont pas la gueule de ceux du commerce ils vont très bien ! J’achète 95% des autres car la conception nécessite beaucoup trop de temps, de patience au contraire de la fabrication de plombs maison, et je ne me vois pas en remplir des boites entières !

    Voilà mon modeste commentaire ! 😉

  3. Grigs says:

    Très bon article, merci beaucoup à toi Monsieur Bechler !