Catégories de rivières et réglementation afférente, pourquoi pas un changement ?
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penseurDepuis longtemps je m’interroge sur l’utilité actuelle de classer nos eaux en deux catégories, certes ce classement a un but restrictif et réglementaire  mais très souvent il est inadapté à la pratique de la pêche moderne.

Si vous ne connaissez pas la différence en ces deux catégories, cet article vous apprendra quelque chose et si vous la connaissez j’espère qu’il vous fera réfléchir.

C’est le Préfet du département qui dispose des pouvoirs de classer un cours d’eau depuis 1997 par arrêté, certains cours d’eau sont classés depuis plus longtemps que cela par décret ou par arrêté ministériel.

Le classement comprend deux catégories, la première où les cours d’eau sont essentiellement peuplés de truites et la seconde de tous les autres cours d’eau qui peuvent être des étangs, lacs, canaux, rivières et fleuves et peuplés de toutes les variétés de poissons.

ternin mouche 190701

 

Le classement en deux  catégorie piscicole vise à conditionner les modalités de pêche en eau douce, par exemple en première catégorie existe une fermeture totale de la pêche durant 6 mois alors qu’elle est ouverte toute l’année en seconde catégorie avec toutefois des périodes de fermeture spécifiques pour certaines espèces. Le nombre de cannes autorisées est aussi différent, une en 1ère catégorie et quatre en seconde, bien que cette disposition puisse varier selon les endroits. Par exemple un étang alimenté par un ruisseau de 1ère catégorie et se déversant en 1ère catégorie pourra être classé en première ou en seconde selon les veux du gestionnaire que sont l’ AAPPMA ou la fédération départementale.

Ce classement est quelquefois un peu « bizarre » pour le pêcheur, on pourra se retrouver devant une rivière classée en seconde catégorie mais peuplée de truites par exemple.

arroux dracy 2012 (10)

 

D’autres dispositions peuvent paraitre aberrantes, par exemple l’obligation de tuer tout brochet même non maillé pris en première catégorie. Si auparavant ça ne posait pas de problème maintenant le monde scientifique s’en émeut puisque les brochets de première catégorie sont souvent endémiques et de souche pure.  Cette disposition va s’assouplir dans un très proche avenir même si elle fait grincer des dents les petites AAPPMA qui y voient un carnassier qui tape dans le cheptel des truites.

Pourquoi pas un changement ? Ce classement me parait obsolète et ne reflète plus vraiment la pêche telle qu’elle est maintenant pratiquée. Une fermeture de six mois en première catégorie me parait trop longue et sur certains secteurs complètement à coté.

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Alors plus de catégorie, moins ? La question divise les pêcheurs bien entendu. les partisans du nokill verraient bien une pêche ouverte toute l’année, même en première catégorie car les ombres, les chevesnes, les brochets et autres poissons de rivières ne se reproduisent pas en même temps que la truite.

Bien entendu les pêcheurs plus classiques sont vent debout contre cette proposition et on peut les comprendre car c’est la truite qui fait venir les pêcheurs en première catégorie.

Plus ou moins de cannes en seconde ?  Là aussi les points de vue divergent entre le pêcheur aux leurres et celui au vif au posé par exemple.

chalain 13051527

 

Je ne prétendrai pas avoir les réponses  mais j’ai ma petite idée, pourtant se poser la question et la poser lors des AG de fédé me parait opportun afin de faire réfléchir un peu nos responsables d’ AAPPMA.

Pour avoir assisté à nombre d’ AG ou des décisions sont prises au vote, c’est l’argumentaire du Président qui prévaut sur la réflexion du pêcheur.  La plupart des participants arrivent à ces réunions sans même connaitre l’ordre du jour et sans avoir pris cinq minutes de leur temps à réfléchir aux thèmes proposés.   Si c’est démocratique ça reste quand même une petite manipulation, et même si c’est pour le bien des pêcheurs ou des poissons, ça me navre toujours de voir des idiots lever la main pour voter sans même savoir de quoi on parle.

trite ternin 06041508

La pêche a beaucoup évolué depuis 20 ans et il serait temps de faire évoluer la règlementation  ou tout du moins la perception que nous avons de l’ acte de pêche et pas forcément dans le sens restrictif habituel. L’évolution règlementaire en cours n’est qu’une mini avancée qui va satisfaire les plus frileux mais pas moi !

Pourquoi pas deux cannes ou plus en première catégorie si on cherche le barbeau, une maille pour le brochet identique à la seconde,  pourquoi un quota en première et pas en seconde…? Pourquoi ne puis-je pas pêcher le goujon à la ligne en octobre ?   Des sommes de questions  qui n’ont actuellement pas de réponse.

Bonne réflexion, et gardez la pêche.

 

About sylvain l'esoxiste

49 ans, habitant la région du Morvan, spécialiste de la pêche des carnassiers, auteur halieutique. Suivre L'Esoxiste sur Google+
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9 Responses to Catégories de rivières et réglementation afférente, pourquoi pas un changement ?

  1. Jérémy says:

    Vous raisonnez en terme d’espèces … mais en fait ce n’est pas l’espèce qu’il faut protéger mais le milieux. D’où les classements. 😉

    • Lesfilmu says:

      Désolé, mais pas d’accord : il faut protéger les deux, mais les deux INDEPENDAMMENT, c’est mon avis en tout cas 😉

      Protéger le brochet dans ce qui est actuellement une rivière de première catégorie, protéger la truite DE LA MEME FACON dans ce qui est actuellement une rivière classée en seconde MAIS que la truite fréquente quand même me parait juste du bon sens.

      Ensuite, protéger le milieu, c’est protéger le milieu… çà n’a rien à voir avec la gestion piscicole, qui n’est qu’un sous-ensemble dudit milieu.

      Je connais mal la truite, mais un exemple pour illustrer : pour gérer une rivière « à truite » (j’enlève la catégorie volontairement) d’un point de vue piscicole (enfin, « halieutique », l’immense majorité des AAPPMA et des gens qui les composent ne sachant pas où est la différence…), on a bassiné des farios de souche différente que les autochtones, et encore bien pire, des ARC.

      Résultat ? Les truites de bassinage concurrencent les souches autochtones qui disparaissent… le milieu n’est donc pas protégé, mais directement dégradé par l’intervention de l’AAPPMA (et seulement elle) dont le but est de satisfaire papy qui a son quota de 10 par jours (un truc de fou…).

      Désolé, mais non, çà n’a aucun sens, c’est contre-productif et ce n’est absolument pas en classant première ou seconde catégorie un plan d’eau qu’on « gère le milieu », la preuve est faite depuis des années 😉

  2. Jérémy says:

    Bonjour,

    En fait le classement 1ère et 2ème catégorie est associé au peuplement piscicole dominant: 1ère salmonidés (truite fario) et 2nde cyprinidés et carnassiers. Les 1ères sont plus sensibles aux dégradations que les 2ndes du fait de la qualité de l’eau, sa température, le milieu, etc. qui doit correspondre à l’espèce type (truite) qui est exigeante. Le classement 1ère et 2ème permet dont une protection du milieu adaptée aux enjeux tout en adaptant la règlementation pêche. Fermer la truite entre octobre et mars n’est pas aberrant. Cela permet aux poissons de réaliser leurs migrations, leur cycle de reproduction (qui est étalé entre octobre et début février suivant les régions) mais aussi de récupérer un minimum de tous ces efforts à une période ou les eaux sont froides et peu nourricières. Les cyprinidés, et dans une moindre mesure les carnassiers, ne demandent pas les mêmes mesures de protection que les salmonidés.

    Pour moi, ces classement sont donc tout à fait adaptés, même si il y aura toujours des cas douteux.

    En revanche le statut nuisible en 1ère d’une espèce sensible comme le brochet est une aberration est n’est qu’une vue de l’esprit de l’homme qui l’a jugé inférieur à la truite (gustativement parlant bien sûr…). Cela va changer et c’est heureux, le brochet est une espèce en difficulté, peu importe le milieu qu’il occupe.

    Cordialement.

    • Lesfilmu says:

      C’est « sensé » être en rapport avec le peuplement piscicole dominant, dans les faits, ç’a ne l’est pas (bien souvent).

      Perso, je ne vois pas pourquoi une truite qui se promènerait en deuxième catégorie ne serait pas protégée de la même façon qu’en première, c’est toujours une truite. Au motif qu’elle n’est plus dominante ? Mais on s’en fout, non ?

      Je ne me prononce pas sur les « bonnes » mesures de fermeture, je ne connais pas assez la truite pour me prononcer. Mais je connais un peu « les poissons » et je me doute que d’une rivière à l’autre, ladite truite ne se comporte pas pareil… une interdiction nationale et monolithique ne me parait pas plus judicieuse que pour le brochet… 😉

      J’expose des idées/arguments, ne le prend pas mal, je n’estime détenir aucune « vérité » (je précise, des fois que… 😉 )

  3. Joubert-Laurencin says:

    Chez nous(71), la plupart des rivières de première catégorie ne sont plus peuplées de truites sauf sur les têtes de bassins.Elles sont désertées les 3/4 de l’année.Pas moyen de faire des vifs après mi-septembre alors que les truites de bassines ont disparues.

  4. Sam says:

    Vraiment complexe se classement de nos rivières….

    Encore plus complexe lorsque que l’on cherche de nouveaux spots: premiere, deuxième catégorie, une canne ou 4? Tout cela ce joue à quelque mètres près et à notre façon de pêcher!

    Le plus gros problème, comme tu l’as évoqué, est un problème de maille. Tuer un broc de 30 cm me paraît être un massacre en première catégorie, parallèlement dans mon aappma des lacs dorient cela me vaudrait un PV, voir une exclusion (bien méritée).
    Par expérience les plus beaux brochets de rivières que j’ai pu voir venaient de cours d’eau de première catégorie. Sur ces mêmes secteurs se trouvaient aussi des truites farios de toute beauté.

    Tout cela sans parler des différents règlements internes aux aappma… 3 truites par jour, 6 truites maximum, la maille à 18 ou à 25….

    Bref impossible de s’y retrouver alors que nous faisons parti d’union réciprocitaire ou tous les pêcheurs peuvent quand ils le veulent partir à la découverte de nouveaux spots, où ils veulent et quand ils veulent mais ça c’est dans le meilleur des mondes…

    L’uniformisation de nos cours d’eau ainsi que des réglementations qui s’y rapportent devraient être une priorité pour nos fedes.
    Cela permettrait de simplifier le système,d’arrêter les massacres de nos amis brochets et aussi d’éviter de se prendre des amendes lorsque par méconnaissance du terrain nous nous trouvons au mauvais endroit au mauvais moment…

    A+

  5. Lesfilmu says:

    Comme sur d’autres sujets, je suis assez « tranché » sur la question, sachant que mon avis n’est pour le moment pas « définitif » car j’ai peu de recul.

    Perso, c’est le pragmatisme et l’efficacité qui sont systématiquement à mon esprit. On ne peut faire efficace à l’échelle d’une réglementation nationale que si on fait simple. La notion de « spécificité locale » dans le même esprit que « l’exception française », ce n’est pour moi que de la fumisterie visant à surtout ne rien toucher « comme avant, c’était très bien » …

    Or, je n’ai jamais vu un brochet faire demi-tour dans la rivière à la lecture d’un panneau qui lui stipule « fait gaffe, passé cette limite, tu es nuisible alors qu’avant tu es une espèce en danger ».

    Dans le même esprit, j’ai une rivière « vide » à 200m de chez moi (dans les Yvelines, en plein plaine agricole, rivière qui serpente entre les champs, certainement un nid à pesticides avec des concentrations qui ne doivent même pas exister dans les pires cauchemars verts). Or, cette rivière est classé… première catégorie. Pourquoi ? Bassinages de temps en temps de truite de culture qui doivent avoir au mieux 2 semaines d’espérance de vie, et comme le reste est vide… bin elle sont majoritaires par succession de périodes de 2 semaines.

    Ces deux exemples, qu’on peut certainement multiplier à l’envie montrent bien le ridicule de la situation actuelle.

    Que faire ? Super simple. Il s’agit de protéger les poissons, donc faisons une législation qui protège les poissons, espèce par espèce, en fonction de la situation de chaque espèce. Une truite, c’est une truite… quel que soit l’endroit où elle nage… et c’est la truite qu’on veut gérer.

    La seule objection qui m’ai été faite à ce jour et qui m’ai semblé recevable, c’est le wading, fréquent dans les ruisseaux et petites rivières, et donc le risque de piétinement des frayères pendant la période critique du frai et des premiers stades de développement des larves. Entièrement d’accord sur ce point. Mais ce n’est pas une fermeture complète en première cat qui solutionne le problème, car là aussi, je n’ai jamais vu de truite faire demi-tour « ne vient pas pondre ici malheureuse, c’est 2de cat ». Je pense qu’une interdiction du wading dans les rivières concernées et aux périodes concernées est une solution toute simple… d’ailleurs, c’est comme çà chez nos voisins…

    Faire simple, compréhensible, donc efficace 😉

    Je ne prétends pas avoir la « Vérité », juste un avis, et serais heureux d’en débattre 😉

  6. MULLER Sylvain says:

    Limiter les catégories à deux, me paraît simpliste.
    On doit les subdiviser en privé et en public, ce qui fait quatre catégories, et cela devient plus complexe….
    Ensuite, il existe des réciprocités telles que l’ URNE (Est de la France), l’ EHGO ( Ouest de la France), avec des AAPPMA qui adhèrent ou non à ces réciprocités, et là ça devient inextricable…
    Je pense qu’il serait utile de faire une grande simplification en créant un permis de pêche national, qui donne accès à l’ ensemble des rivières du territoire.
    A voir