La pêche à la traîne. 2em partie : le matériel
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    Toute embarcation susceptible d’être propulsée par un moteur ou des rames peut convenir pour pêcher à la traîne. Même un float tube pourrait faire l’affaire, à condition de palmer suffisamment vite ! Certains pontoons peuvent être équipés d’un moteur électrique, pourquoi pas ? J’ai vu aussi des types qui traînaient en kayak, en mer, à la pagaie, avec de bons résultats. Un bateau, même modeste, suffit donc pour débuter.

J’en profite pour ouvrir ici une parenthèse sur les bateaux pneumatiques si décriés par certains… Quand on n’a pas la place de garer une remorque chez soi, ou que la location d’un emplacement à quai est inaccessible, ils représentent une solution alternative intéressante à qui veut assouvir sa passion sans se ruiner ! Pour ma part, je possède une annexe pliable de 2,70m qui se transporte dans le coffre de ma voiture, que je gonfle en 4 minutes montre en main, et que je peux mettre à l’eau presque partout sans avoir à me soucier de la nature du terrain. Alors certes on ne tient qu’à deux au maximum, avec une ergonomie réduite, mais la stabilité est remarquable, et sa légèreté fait qu’on use moins vite les batteries, détail qui a son importance quand on sait que les moteurs thermiques sont interdits sur les lacs du Verdon. J’embarque d’ailleurs deux batteries à chaque partie de pêche, pour ne pas rentrer à la rame ! Bref, on est loin du confort d’un bass-boat, mais ça le fait quand même. Il faut savoir s’adapter, et adapter son budget à ses ambitions. Fin de la parenthèse.

Le pneumatique c’est fantastique!

 Concernant la méthode de traîne proprement dite, je précise que je pêche sans tangons ni écarteurs, qui nécessiteraient un bateau beaucoup plus grand. Je n’utilise pas non plus la technique du Downrigger, qui ne se justifie pas de toute manière pour des fonds de moins de trente mètre (Je reviendrai sur une variante de cette technique dans un article ultérieur). Je vais donc pêcher « léger » et surtout précis.

 Les supports de cannes :

Lorsqu’on traîne, surtout près du bord, les accrochages sont nombreux, et souvent violents. Vos supports de cannes doivent être à toute épreuve. Évitez les  cochonneries en plastiques ou en fil de fer, et choisissez des modèles conçus pour la mer, en inox de préférence, et fixes si vous possédez une barque rigide. Les modèles orientables sont en effet plus fragiles et n’offrent pas vraiment d’avantages en action de pêche. Si vous devez mettre des supports amovibles comme moi, prenez des serre-joints costauds et montez dessus des tubes inox, il n’y a rien de plus solide. Sinon…vous risquez fort de voir cannes et moulinets disparaître au fond de l’eau ! Faites d’ailleurs l’expérience à terre en montant les cannes sur les supports et en tirant sur le fil pour vérifier que l’ensemble tient bien sous l’effet d’une forte traction.

Les cannes :

On peut bien entendu s’équiper avec des cannes « trolling » comme celles qu’on utilise en mer, mais je les trouve personnellement trop lourdes et raides comme la justice. Quel plaisir y-aurait-il à remonter une perche ou un petit brochet avec une canne de 50 lbs ? Les cannes à lancer classiques peuvent convenir, mais elles sont fragiles, et les cannes à carpe trop longues à mon goût. C’est pourquoi j’estime que les cannes « jigging » monobrin à talon démontable sont parfaites pour l’eau douce, à condition de les choisir dans les 20 lbs, soit entre 120 et 180 gr de puissance. Courtes (moins de 2 mètres), légères, nerveuses, elles peuvent venir à bout de n’importe quel poisson tout en préservant le maximum de sensation lors des combats. Accessoirement, elles permettent des lancers corrects et des animations en verticale si vous décidez de changer de technique en cours de journée. Ce sont de loin mes préférées. On trouve maintenant de bons modèles à moins de 100 €, pourquoi s’en priver ?

 

Les moulinets :

Il-y-a un vieux débat entre partisans du tambour tournant et ceux du tambour fixe. Les puristes vous diront que le tambour tournant permet d’utiliser des lignes plus fines car le fil ne forme pas de coude et vrille moins, et que le frein est plus régulier. Les adeptes du tambour fixe vous diront que son ratio plus élevé permet de relever la seconde ligne plus rapidement lorsqu’une touche se produit sur la première, évitant ainsi les emmêlages, et que la position du moulinet est plus naturelle. Je souscris à cette dernière opinion sans pour autant trancher sur le fond. Je pense que les deux se valent, mais par commodité, et surtout pour leur polyvalence, je préfère utiliser les tambours fixes basiques que j’ai à ma disposition, en l’occurrence un increvable Emblem X et un Opus Bull 5000 flambant neuf.  Robustes, fiables, et bon marché, ils font le travail comme on dit. Dotés tous les deux d’un excellent frein indéréglable, on ne leur demande rien d’autre que d’encaisser sans broncher les touches…ou les accrochages, puis de ramener le poisson. Ils ont en outre un cliquet de frein très sonore, ce qui fait qu’on est averti d’une touche même si on est en train de rêvasser en admirant le paysage. On trouve l’équivalent chez Shimano  ou Penn pour ne citer qu’eux, et rien ne vous empêche d’opter pour des modèles plus luxueux, mais dans tous les cas privilégiez ceux destinés à la pêche à soutenir.

 

 

 

 

 

 

 

Deux bon gros moulins à tout faire suffisent pour débuter…

  Le réglage du frein est capital lorsqu’on pêche à la traîne. Les moulinets que j’ai cités ont des plages de freinage comprises entre 7 et 15 kg (pour l’Opus Bull), en tous cas sur le papier. En réalité, ils ne sont réellement efficaces que dans la plage des 5/9 kg, ce qui est déjà conséquent. Seuls les très gros poissons peuvent faire chanter un frein réglé à 5 kg…et quand je dis gros, c’est plus de 10 kg. La surenchère actuelle qui consiste à vendre des moulins avec pour argument principal qu’ils ont des freins à 30 kg me fait doucement rigoler, même pour le silure ! Aucun pêcheur ne peut tenir physiquement plus de deux minutes avec une puissance de freinage pareille, si tant est qu’elle soit réellement atteinte ! Passons… En moyenne donc, je règle le frein autour de 3 kilos, ce qui permet à la fois un bon ferrage, et, quelques centièmes de secondes plus tard, l’entrée en action du frein qui a besoin de vaincre une certaine inertie au départ ; trop dur, c’est la casse, trop mou, c’est le décrochage. Là aussi, il faudra faire des essais à terre, canne et moulinet montés sur le support, en tirant sur le fil et en vissant et dévissant le frein, pour sentir « physiquement » le point optimal à partir duquel le ferrage sera assuré, sans pour autant trop forcer sur la ligne. Cela dépend aussi de la canne et du diamètre de la ligne, c’est donc l’ensemble du dispositif qu’il vous faudra évaluer.

Le fil :

Là aussi il-y-a deux camps qui s’affrontent : la tresse ou le nylon ?

La tresse est accusée de provoquer des vibrations parasites qui alertent le poisson, quant au nylon, son vrillage est gênant et son élasticité l’empêche de ferrer correctement. Sa discrétion est relative dans les forts diamètres.

En fait, j’utilise les deux, cela dépend des circonstances. En mer par exemple, surtout pour le loup (ben oui, le bar c’est sur le port !) je préfère la tresse car j’ai parfois plus de 100 m de ligne sortie, et le ferrage s’en ressent. En lac, où je vais pêcher plus court, j’utiliserai donc du nylon. Le nylon présente également un autre avantage pour la pêche en plombée, dont je parlerai plus loin. Les diamètres pour le corps de ligne seront compris entre 40 et 50 centièmes (25 centièmes si vous utilisez de la tresse)  pour la recherche du brochet. C’est donc du costaud, mais c’est justifié par les contraintes subies par le fil, et par le fait que « l’effet de surprise » sera plus important que la discrétion à tout prix. Pour la truite par contre, on pourra descendre jusqu’à 20 centièmes en pleine eau, si on est très sûr de soi. On choisira de toute manière des nylons de qualité (Asso, Stren, Sufix).

Afin de visualiser la quantité de fil sortie, je mets des stop-floats de différentes couleurs en guise de repères tous les 10 m, ce qui me permet de savoir exactement et à tout moment à quelle profondeur et à combien de mètre du bateau mes leurres évoluent.

Je n’utilise pas de sondeur pour la bonne raison que je suis toujours en mouvement. Repérer un banc de poisson ou des échos prometteurs ne me servirait pas vraiment puis que je ne pourrais pas faire demi-tour pour voir ça de plus près. C’est un des inconvénients de la traîne, comme nous le verrons plus loin Ceci-dit, il va de soi que l’utilisation d’un sondeur est un plus indéniable, ne serait-ce que pour le repérage, les indications sur la nature du fond, la profondeur et le niveau de la thermocline pour les plus performants.  Mais surveiller deux cannes, tenir un cap parfois sinueux pour éviter les autres pêcheurs et avoir l’œil rivé sur un sondeur, ça fait beaucoup de choses à la fois ! Je fais donc d’avantage confiance à ma connaissance des lieux et à mon instinct !

Les accessoires :

Pour le brochet, j’utilise des bas de ligne en acier, sertis avec des sleeves, d’une longueur d’un mètre minimum. J’estime que plus le bas de ligne est long, meilleure est la nage du leurre. Contrairement au nylon et à la tresse dont la résistance annoncée doit être divisée par deux, les fils d’aciers tiennent leurs promesses niveau solidité, et un fil de 7 à 9kg  est généralement suffisant. Logiquement, aucun gros bec n’en viendra à bout. Une agrafe de qualité côté leurre et un émerillon rolling côté corps de ligne viennent compléter l’ensemble. Comme je l’ai déjà dit, je ne crois pas aux vertus du fluorocarbone, si à la mode en ce moment, en tout cas pour les bas de ligne à brochet. J’ai vu trop de pêcheurs se faire couper en l’utilisant, même avec des diamètres assez forts,  et  par des brochets pas spécialement monstrueux… Mais chacun fait comme il veut…

Les leurres que j’utilise sont d’assez grande taille, et leur rangement nécessite une boîte spécifique pour ne pas en avoir des dizaines dans tous les recoins du bateau. Les modèles réversibles sont les plus pratiques. Celles que propose Waterqueen sont très bien. Les seaux à leurres sont aussi une bonne solution.

Enfin, une épuisette à maille nylon (de préférence) rend plus de service qu’un mauvais fishgripp, et évitera les morsures. Choisissez-là à la mesure de vos ambitions !

Nous voilà presque prêts, nous verrons la semaine prochaine les leurres et les méthodes de plombée!

 

A suivre…

 

Texte et photos: Jean-Paul Charles

 

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About Jean Paul CHARLES

Pêcheur et artiste, je m'intéresse aussi aux "à-côtés" de la pêche, et notamment à la littérature et aux œuvres d'art qui lui sont consacrées.
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