Le pêcheur en bateau, ce pestiféré de la Moselle …

Entendez bien que lorsque j’évoque le mot bateau, ce n’est pas exclusivement pour mentionner un rutilant bass-boat dernier cri. J’y inclus également la barque de pêche, même la plus modeste.

Si j’écris cet article, c’est pour dénoncer, comme d’autres l’on déjà fait avant moi, le trop souvent peu d’égard témoigné au pêcheur de loisir, et plus particulièrement encore au pêcheur en barque ou bateau, par les autres acteurs officiant sur (ou près de) l’eau, quand ce n’est pas, parfois même, par nos propres instances.

Petit aperçu de la situation

J’habite en Meurthe et Moselle, à moins d’un kilomètre du département de la Moselle. Ces deux départements sont traversés par la rivière Moselle, dont le cours a été grandement modifié au début des années 70, lors des travaux de mise en conformité avec la navigation des péniches dites « grand gabarit ».

Le cours de cette rivière navigable, et donc pêchable en bateau, s’étend sur environ 95 km en Meurthe et Moselle, et sur pratiquement 70km pour le département de la Moselle.

Dans ce département de la Moselle en particulier, la rivière canalisée est jalonnée d’une bonne vingtaine de cales de mise à l’eau.
Pas un cercle nautique, pas un port de plaisance, pas un club d’aviron, de voile ou de jet-ski, pas une base de loisir qui ne possède sa rampe de mise à l’eau.
Rampes de mise à l’eau totalement et strictement privées, où la présence des pêcheurs n’est pas souhaitée, comprendre tout simplement interdite.

Le port de Plaisance de Scy Chazelles, un des plus gros du département

Il y a bien un ou deux endroits potentiels afin de pouvoir mettre à l’eau son bateau, mais ces possibilités sont subtilement liées au fait de devoir débourser, pour un « abonnement annuel», une somme suffisamment importante pour être jugée comme dissuasive par le commun des mortels, ou par le pêcheur occasionnel.

Le GVOC (Groupement de la Vallée de l’Orne et Conroy), AAPPMA très active en Moselle, a réussi à se démener afin mettre en œuvre trois rampes libres d’accès sur une portion de rivière Moselle « sauvage », à hauteur de Maizières les Metz et Mondelange.
Quand je parle de rivière « sauvage », c’est pour signifier que cette partie du cours d’eau n’est pas navigable. A cet endroit, les bateaux empruntent donc un canal latéral.

Images GVOC

Ce parcours sauvage est certes intéressant, mais à condition de naviguer avec beaucoup de prudence, du fait de la présence de nombreux seuils et hauts fonds, de fluctuations de niveau, et de courants violents lors des crues …
De plus, sa longueur, de seulement quelques kilomètres, est morcelée à cause de passages difficilement franchissables pour un esquif plus gros qu’un kayak. Ce qui limite grandement son attrait.

Ne reste au pêcheur que :

  • Une rampe au nord de Metz, à la Maxe, réalisée par l’AAPPMA La Messine, avec accès payant et nombre d’usagers très restreint (et bien sûr adhérents de l’AAPPMA ndlr).
  • Une autre située à Malling, au nord de Thionville (AAPPMA La Fraternelle), également soumise à un contrôle d’accès des usagers par barrière fermée.
  • Une petite mise à l’eau à Corny-sur-Moselle, au sud de Metz, presque à la limite du département.

Cette dernière cale était (j’écris bien était) la seule du département en accès libre pratiquement toute l’année (hors période estivale).
En effet, le camping attenant, durant sa saison d’ouverture, demandait un droit de 5 euros pour l’utilisation de la rampe. On pouvait donc y aller une ou deux fois en été, moyennant ce petit péage, et ensuite profiter librement, pour le reste de la saison, du superbe parcours sur la rivière Moselle offert par cette rampe.

A noter que c’est cette mise à l’eau qui a servi de point de départ à ce défi Fox/Legendre (cliquer ici)

Mais tout a changé cette année.

Ne voilà pas que cette rampe, qui, je le rappelle, était pratiquement la dernière du département sur la Moselle en accès libre, se voit désormais dotée, depuis le mois d’août, d’une barrière dûment verrouillée par un solide cadenas.
Le droit de mise à l’eau, désormais annualisé, est maintenant fixé à 50,00 euros, somme qu’il faut régler au gérant du camping afin de pouvoir bénéficier du précieux sésame.
Le plus cocasse, c’est que le camping n’est ouvert que du 1er mai au 15 septembre. Si tu n’as pas pensé à prendre ta clef durant cette période, tu te retrouves Gros-Jean comme devant pour obtenir une clef hors saison estivale. Il n’y a plus personne sur place à qui s’adresser.

Et voilà encore un truc payant de plus pour les pêcheurs … Et qui ne sert pas à financer la pêche.

Bien sûr, j’en vois arriver qui me diront qu’avec une bonne disqueuse portative, le cadenas ne résisterait pas bien longtemps.Mais il est peu probable que cette solution expéditive soit perenne, ni intelligente.
Tout au plus la barrière ne restera ouverte que quelques temps avant qu’un nouveau cadenas ne soit posé, ce qui, d’une part, emmerdera tous les pêcheurs ayant déjà pris une clef, et, d’autre part, fera peut être réfléchir le gérant du camping à autoriser à l’avenir les pêcheurs à accéder à cette mise à l’eau.

Pourquoi ce changement de situation ?

Je n’ai pas trouvé d’explication, hormis le fait que la petite halte fluviale de Corny, un peu à l’abandon, et qui abrite cette rampe de mise à l’eau, pourrait être prochainement réhabilitée et rénovée.

Les ports de plaisance fluviale ont la cote actuellement.

Du fait de l’effondrement du transport fluvial, VNF et consort essayent de trouver un nouveau débouché financier avec les plaisanciers. Pas sûr que la pêche puisse en profiter, avec, comme exemple, la situation actuelle à Basse-Ham.

Un magnifique complexe port nautique tout beau tout neuf, avec camping et bungalows attenants, club de voile et aviron, a vu le jour il y a trois ans.

Image Nauti Ham

Les pêcheurs, qu’ils soient locaux ou en villégiature au camping, en sont totalement interdits d’accès, alors que, à priori, d’après certaines sources, il y aurait eu, à l’époque du début du projet, quelques vagues promesses d’une possible convention avec l’aappma locale quant à la possible utilisation d’une mise à l’eau. Promesses qui n’ont engagé que ceux qui les ont reçues …

Cale de mise à l’eau de Basse Ham (Image Nauti Ham)

D’un point de vue global, les quelques retours que j’ai de mes amis pêcheurs en bateau mosellans sur ce manque de cales de mise à l’eau du département sont peu clairs :

VNF, le préfet, la fédération 57, la ville de Metz, chacun a son explication, son responsable ou son bouc émissaire pour expliquer qui fait obstruction au fait que les pêcheurs ne puissent disposer de quelques rampes libres d’accès sur la rivière Moselle.

Au vu de ce contexte, je me suis permis d’envoyer un mail circonstancié à la fédération de pêche de la Moselle, afin de demander quel était leur point de vue sur cette situation.
En effet, l’explosion de la pêche en barque et bateau est un formidable vecteur pour la pêche de loisir, et pour l’image de la pêche en général. Sans compter les retombées économiques non négligeables liées à cette activité…

Bon, autant le dire tout de suite, au vu de la réputation de cette fédération auprès d’un grand nombre de ses adhérents, je ne m’attendais pas à grand-chose en retour.

Et en réponse à ma sollicitation, rien, nada.
Même pas un pauvre petit mail, avec quelques explications vaseuses, qui aurait pu me faire croire que cette fédération avait un peu de considération à l’égard de ma requête. On est bien peu de chose … Et cela ne fait pas avancer la réflexion, pour sûr.

Si je suis un peu énervé, c’est qu’à quelques kilomètres de là, la situation est toute autre.

Bien que cet article concerne plus particulièrement la condition du département de la Moselle, je me dois de citer ici le contexte du département voisin (54), afin de pouvoir établir un parallèle.

Concernant donc le département de la Meurthe et Moselle, le pêcheur en bateau dispose pour son usage d’une douzaine de rampe de mise à l’eau, dont une bonne partie sont à l’initiative de la fédération et/ou d’une AAPPMA.
Les autres sont en « partage » avec d’autres activités, avec, à ma connaissance, aucun problème de cohabitation.
La plupart de ces rampes sont situées sur la rivière Moselle, et toutes sont totalement libres d’accès (pas de barrières, de clefs, de cadenas, etc …).
A noter que l’on peut également descendre son bateau sur la Meurthe à Nancy et à Dombasle, sur l’Orne à Joeuf, et sur le Madon à Ville-sur-Madon.
Et ne pas oublier les quatre cales du lac de Pierre Percée, seul grand plan d’eau navigable du département.
De plus, ces rampes de mise à l’eau sont dûment répertoriées sur le site de la fédération de pêche 54, avec plans d’accès, explications diverses, etc …

Image fédération pêche 54

Rien à dire de plus que « bravo » et merci. Une fédération de pêche active et proche de ses adhérents, qui a su faire profiter, en tout cas aux pêcheurs en bateau, de la formidable attractivité de la rivière Moselle, ainsi que des quelques affluents navigables. Un exemple à suivre, assurément.

Rampe de mise à l’eau de Pont à mousson (image fédé 54)

Alors, pourquoi une telle disparité entre ces deux départements voisins ?

VNF aurait elle des positions divergentes sur les pêcheurs d’un département à l’autre ? Je ne crois pas.
Les règlements d’accès au bord de l’eau seraient ils interprétés différemment d’un coté ou de l’autre de la limite départementale ? Je ne pense pas non plus.

Mais comme la fédération de Moselle ne semble pas encline à vouloir discuter de ce sujet, on devra se contenter d’imaginer nous même les explications. C’est bon de sentir que les pêcheurs mosellans, en tout ceux que je connais et qui pratiquent en bateau, semblent soutenus et entendus par leur fédération …

Et pourtant, les pêcheurs ne demandent pas la lune, ni des infrastructures délirantes.
Je suis bien conscient de certaines difficulté administratives, et personnellement pas contre le fait de payer, pour pouvoir pratiquer en bateau, un petit supplément, s’il est raisonnable, justifié et à destination du financement d’actions pour le développement de l’activité pêche de loisir.

Une bonne partie des mes connaissances, qui pratiquent en bateau sur la Moselle dans ce même département, sont malheureusement obligées d’user d’expédients afin de pouvoir mettre à l’eau leur embarcation. Ce n’est pas une situation normale ni égalitaire, et il serait vraiment souhaitable de considérer des solutions qui permettraient à tous de pratiquer en bateau dans de bonnes conditions.

Si certaines fédérations départementales y arrivent ailleurs, c’est que c’est indubitablement possible. Une simple question de volonté, sans doute …

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2 réflexions au sujet de “Le pêcheur en bateau, ce pestiféré de la Moselle …”

  1. Dans le Bas-Rhin ce n’est pas drôle non plus,le long du Rhin les mises à l’eau du N au S sont peu nombreuses.En prime il nous faut des autorisations spéciales pour 3 secteurs différents au nord de Strasbourg pour pouvoir circuler,stationner sa voiture,pêcher même à pied ou mettre son bateau à l’eau.Ce qui est dingue c’est que tous les autres usagers de cette route qui longe le Rhin ont parfaitement le droit de circuler,sauf les pêcheurs qui sans ces sésames se voient infliger une prune de 135 euros par la brigade fluviale.Les mêmes autorisations spéciales verront le jour en 2022 pour le Rhin au sud de Strasbourg.Ces autorisations ont été décidées et mises en oeuvre en collaboration entre VNF,la FD 67 et la brigade fluviale de gendarmerie.Puisque les autres usagers ( promeneurs,cyclistes etc..)ne sont pas concernés par ces autorisations,il y a comme un abus de pouvoir et surement une atteinte aux libertés d’accès au domaine public fluvial pour tous les pêcheurs du Bas-Rhin en sachant que la FD du Bas-Rhin verse annuellement 35000 euros pour la location des baux de pêche du domaine public !

  2. Bonjour Axel,
    complètement solidaire avec toi, j’ai le même problème sur la Saône à Mâcon où les 3 mises à l’eau du nord et centre-ville sont bloquées par des barrières ou des plots en béton par la ville.
    Raison évoquée : vigi-pirate, faune nocturne, trafic, stationnement génant…
    Reste une mise à l’eau en gravier à l’écart au nord ou tu a de grande chance de ne plus retrouver ta remorque et une mise à l’eau en dur au sud de la ville ou tu gène la faune , les sdf et les trafics en tous genres.
    Il y a de plus en plus de pêcheurs en bateau et de moins en moins de mises à l’eau accessibles sauf dans certains départements ou les Fédés réalisent de nouvelles cales ou elles restaurent les anciennes.
    PS : Les pêcheurs (plus de 6cv) sont les seuls utilisateurs à payer une taxe VNF pour avoir le droit de naviguer sur le domaine public, pas l’aviron, planche à voile, optimiste, cayak, canoé..

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