Reflexions sur la pêche associative

penseurCa fait un moment que je me suis convaincu que notre modèle de pêche associative va doucement  vers sa disparition. Elle survit en s’appuyant sur ses vieux fondements mais ceux ci ne correspondent plus vraiment à la tendance actuelle de consommation et non de partage. Voici les quelques éléments de réflexion qui me font penser cela. Je noirci un peu le tableau et n’ apporte aucune solution, c’est normal je ne brigue aucun poste !! C’est juste pour vous faire réfléchir un peu.

Revenons aux fondamentaux pour mieux analyser le schmilblick :

Pour pratiquer la pêche en France sur des eaux libres, le pêcheur doit acquitter une CPMA, une taxe dite cotisation pêche et milieux aquatiques,  pour pêcher à une ligne sur les cours d’ eau domaniaux de France. Sur les cours d’eaux et plans d’ eaux  non domaniaux et classés en eaux libres, il doit acquitter une CPMA mais  doit aussi  obligatoirement adhérer à une AAPPMA afin d’ avoir le droit de pêcher sur son département.

Le reste, réciprocité interdépartementale et autre n’étant qu’une tambouille interne qui est hors sujet.

Le pêcheur doit obligatoirement adhérer à une AAPPMA, donc à une association. Pourquoi ? Ca peut paraître gênant qu’on vous oblige à adhérer à un club de personnes avec lesquels vous n’avez aucune affinité. Dans certains cas même, vous pouvez être en total désaccord avec la politique halieutique menée par l’ AAPPMA et on vous oblige à y adhérer !

cartedepecheRetenons que désormais avec le site carte de peche.fr on peut adhérer où on veut, ce qui n’est pas encore le cas chez les détaillants. Où est donc passé le principe de liberté inscrit dans la constitution ?

Pourquoi devrais je payer pour attraper des poissons qui sont res nullius (n’appartenant à personne) ? Rien ne me choque si je paye une cotisation ou un droit de pêche pour un étang privé, géré par des privés où la journée de pêche ne coûte généralement que 5 euros alors que pour pêcher dans une rivière une journée, du poisson qui n’appartient à personne il me faudra débourser près de 10 euros ?

Revenons un peu sur la légitimité des AAPPMA. Elle sont légitimes au regard de la loi mais cette légitimité est de paille, il suffit de regarder la fréquentation d’ une AG. Comment un président d’une association de 1000 adhérents obligatoires peut il les représenter et décider pour eux s’il n’obtient quitus que des 50 présents à l’ AG ? Imaginez une élection présidentielle avec un taux d’ abstention de 95 % ? Et comme l’ a fort bien souligné un lecteur sur un commentaire pour un précédent article, pourquoi nous obliger à adhérer à une association, on s’en fout on veut juste avoir le droit de pêcher ?

evolution tarifs carte pêche

 

Pourquoi les AAPPMA érigent elles en dogme la formation des jeunes pêcheurs, pourquoi dépensent elles l’ argent des pêcheurs pour des gamins ? 90 % des pêcheurs s’en foutent des gamins et de la formation à la pêche, ils veulent juste pêcher et ce n’est pas à leur argent de financer ce qui  devrait l’ être par l’ état soit par les familles ?  C’est là encore le syndrome du M. Propre, on ne s’occupe plus de pêche et de poissons  mais de former les pêcheurs, et de les former aussi à la protection des milieux. Sauf que tout cet argent  est détourné de son but premier, le but premier d’une AAPPMA  est de gérer la pêche pour les pêcheurs et de dénoncer les pollutions.

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Le braconnage est oublié et devant la hausse constante du prix de la carte de pêche et de la mode de ne plus prendre son permis on se retrouve avec de plus en plus de monde qui pêche sans carte.  Auparavant les cotisations des pêcheurs alimentaient le CSP mais maintenant elles alimentent un tas de trucs divers et variés dont on ne comprend plus les tenants et les aboutissants. Le CSP, devenu l’ Onema, devenu l’ AFB ne s’occupe plus de Police de la pêche mais de Police de l’ environnement et a fort à faire avec les pollutions pour ne pas s’embarrasser avec les contrôles des pêcheurs.

Nos gardes de fédérations sont devenus des agents de développement qui font du comptage, du suivi, de l’ assistance, de l’ expertise et là aussi la mission de réprimer le braconnage passe au second plan. Reste nos gardes particuliers d’ AAPPMA qui font ce qu’ils peuvent avec le peu de moyens légaux qu’ils ont.

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La gestion des milieux est en passe de manger la pêche,  ne serait ce que du fait du mot AAPPMA, Association Agrée de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique. Ce terme  contient le mot  pêche mais aussi protection du milieu aquatique. Alors on réfléchit poisson, milieu, on élabore des stratégies pour devenir plus propre que M. propre… On réduit les mailles, on établit des quotas, on change les dates de fermeture, ce qui  est bon pour le poisson mais on oublie le centre du truc : Le pêcheur et la pêche.

Pourquoi un pêcheur prend il une carte ? Fondamentalement c’est pour pêcher et prendre du poisson, puis c’est parce qu’il ne peut pas faire autrement. S’il veut protéger les milieux ce  n’est pas à une  AAPPMA  qu’il ira adhérer mais à une association écologiste dont la cotisation est bien moins chère !!!

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Bien entendu ma réflexion très terre à terre se heurte à la réalité de la pêche en France. Si les AAPPMA disparaissaient nous serions bien embêtés. Les parcours privés se multiplieraient, d’autres deviendraient abandonnés et sauvages,  il n’y aurait plus de lâchers, plus d’ aménagements, plus d’entretien. Mais comment font ils à l ‘étranger pour s’en sortir sans ce carcan associatif qui n’est en fait qu’un énorme boulet doté d’une inertie impressionnante ?

ecureuilL’organisation de la pêche en France est imparfaite, on dira que c’est la moins mauvaise peut être. Elle ne permet pas de s’adapter en temps et en heure à l’ évolution de notre sport loisir. A titre d ‘ exemple nous devons être le seul pays ou les leurres ne doivent être armés que de deux hameçons alors qu’ils sont vendus avec trois pour certains. La traîne à basse vitesse, dite verticale/diagonale, n’est toujours pas autorisée même si ça arrive. L’ Aspe pourtant présent est toujours inconnu de la réglementation et par conséquent il est interdit stricto sensu de le relâcher !!!

Avec tout cet argent brassé par nos AAPPMA, dont une grande partie dort chez l’ écureuil, n’y aurait t’il pas moyen de faire autrement ????

Ça en fait des questions ? Bien que m’interrogeant sur ces points, je considère qu’une partie de notre argent peut aller à la formation des futurs pêcheurs, qu’on peut dépenser aussi pour aménager, créer des équipements pour les autres usagers, protéger le milieu. Je fait même partie du bureau de mon AAPPMA donc je cautionne le système mais ce n’est pas à cause de ça que j’ai mis mon sens critique dans ma culotte !

Gardez la pêche.

 

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