Presse papier carnassiers : Une réflexion sur leur avenir

 

C’est après avoir pris connaissance de cette info que l’idée de cet article m’est venue : « sur trois lecteurs deux précisent qu’ils font confiance au papier ».

On peut tordre cette phrase dans tous les sens pour en extirper plusieurs vérités mais pour moi je comprend basiquement que deux lecteurs sur trois achètent des journaux ou des magazines, et que l’autre lecteur se renseigne via le net ou un support numérique.

Imaginez en quelques années le boom qu’à vécu l’information pêche, celle ci est passée de l’info mensuelle à l’info immédiate avec toutes ses qualités mais aussi ses défauts. Moins d’analyse, moins de recul,plus de sensationnel et de passion, moins de texte et plus d’image.

Un mag carnassier numérique comme il en existe déjà quelques uns, publie régulièrement, quasiment tous les jours pour cela il lui faut trouver 30 articles ou plus à mettre en ligne par mois. J’en sais quelque chose sur le registre…. alors qu’un mag papier pourra se contenter d’une vingtaine d’articles et de quelques infos envoyés par les institutionnels, les marques, les clubs et les AAPPMA.

Loin de moi l’idée de vouloir comparer le mag informatique au papier mais force est de constater qu’il talonne largement et dépasse même le tirage des magazines papiers. Pourtant ceux ci ont de réel avantages que je vais vous détailler et j’en sais quelque chose aussi puisque je bosse (j’écris des piges, je ne suis pas employé mais en free lance) pour deux mags.

Un magazine papier, c’est une « chose », un truc matériel que l’on peut toucher et feuilleter, lire et relire, lire à moitié…On peut les collectionner, les garder en base documentaire. Les découper et ranger les articles par thèmes dans des classeurs (il y en a qui le font!!).

Les articles sont écrits par des pêcheurs qui font part de leur expérience professionnelle, n’ayant qu’un article à présenter tous les mois ou plus, ils s’appliquent à être complets, objectifs, dans l’air du temps et à ne froisser personne.

J’achète des magazines papiers et adore les feuilleter dans le calme, analyser les articles, admirer les photos…Ma lecture commence toujours par l’édito que 80 % des lecteurs zappent. J’aime bien savoir ce que le rédac chef pense et sur quel sujet il va orienter la ligne éditoriale et quelquefois je suis déçu par des éditoriaux plats et sans panache.

 

Le talent des auteurs est aussi une source d’étonnement pour moi, certains pigistes ou certains journalistes sont réellement doués et leurs écrits sont clairs, construits, intéressants à lire, loin des poncifs du genre. On apprend de nouveaux trucs avec eux tout en ayant le plaisir de lire une prose plus élaborée ou plus chantante. D’autres par contre font dans l’alimentaire, ils écrivent pour écrire et oublient qu’un lecteur veut des renseignements, des infos, veut apprendre des vrais trucs et non qu’on lui ressasse toujours les mêmes conneries (Non, non je ne citerai aucun nom!).

Certains articles sont hyper techniques d’autres sont plus généraux, certains sont orientés vers une marque de matériel d’autres non.

La presse pêche des carnassiers ne se résume pas à un titre ou deux, preuve que l’engouement est croissant pour ce sport. Pas moins de six titres totalement dédiés lui sont consacrés :

Brochet Sandre Magazine, Carnassiers Magazine, Le Canard du pêcheur de Carnassiers, Prédators, Passion Carnassiers et Planète Carnassiers.

N’oublions pas de citer les poids lourds que sont La pêche et les poissons et Le pêcheur de France dont les rubriques carnassiers l’emportent désormais sur les autres thématiques.

 

Prenons un exemple simple, un des mags carnassiers de cette liste déclare avoir un tirage de 20 000 exemplaires par numéro. Il n’en vendra jamais 20 000 mais 10 ou 15 000 puis en revendra par la suite dans des packs ou en remettra un ancien en cadeau avec un nouveau numéro. C’est vérifiable chez votre marchand de journaux où ce sont généralement 4 à 5 numéros qui sont mis en rayon.

Juste pour faire un parallèle très simpliste, avec 2000 visites jours sur le site, cela donne 60 000 visites/mois soit trois fois le tirage d’un mag mais ce parallèle n’est pas pertinent, vous vous en doutez bien, un site on y passe, on peut y revenir mais ce n’est pas la fidélité d’un mag et pourtant..

Dans mes analyses de fréquentation j’apprends que j’ai environ 45 % de nouveaux visiteurs par mois (déterminés par traçage de leur adresse internet), ceux ci viennent lire un ou plusieurs articles et vu comment ma fréquentation augmente je peux dire sans fausse modestie que 10 % de ces nouveaux visiteurs reviennent ensuite régulièrement et que près de 1000 visiteurs réguliers viennent au moins une fois par jour.

L’ère du tout numérique est encore loin mais on assiste de plus en plus à l’émergence de sites d’infos pêche, la plupart sont des blogs de passionnés mais d’autres sont issus des magazines eux mêmes. Le site de la pêche et les poissons est une petite mine d’or dans ce domaine mais actuellement celui qui se démarque le plus par son coté professionnel est le site 1max2peche géré par Geoffrey Juillard, rédac chef de Passion Carnassiers et d’autres titres papier. Certains mags ont compris qu’un jour une majorité de lecteurs lira leur production sur un smartphone ou une tablette numérique, ceux là s’adaptent et sauront faire face mais les autres ?

Voici les tirages tels que déclarés à l’OJD, une sorte de syndicat de la presse :

La pêche et les poissons : En 2007, le magazine tirait à 63 937 exemplaires, en 2012 ce n’est plus que 43 645 exemplaires.

Le pêcheur de France : En 2007, 51 225 exemplaires et en 2012, 47181

Comparons avec un généraliste qu’est le chasseur francais : En 2007, il tirait à 519 916 exemplaires alors qu’en 2012 il n’est plus qu’à 366 722 exemplaires.

On constate que la baisse est sévère, et elle n’est pas due à la perte du nombre de pêcheurs mais au développement de l’internet qui propose gratuitement et en temps réel une partie de l’info qu’on trouve dans les mags.

J’ai posé la question à presque tous les mags carnassiers (il n’y en a qu’un avec lequel je ne l’ai pas fait) pour connaître leur tirage, les 5 m’ont répondus et me disent tirer tous à peu près entre 15 et 25 000 exemplaires.

La plupart sont bimestriels ou trimestriels et seuls deux ou trois titres sortent en même temps, imaginez si les six numéros sortaient le même mois, on saurait tout de suite lequel est le meilleur en regardant la pile chez le marchand de journaux!

Ceci pour dire que potentiellement ce serait 30 000 à 40 000 pêcheurs qui achètent un mag carnassier par mois sur le million et plus de possesseurs d’un permis mais en réalité c’est bien moins. Ce qui veut dire que sur un million de pêcheurs, 3 à 4 % sont des pêcheurs de carnassiers passionnés auxquels s’adressent ces mags mais qui peut savoir combien de ceux ci achèteront un numéro ? Ce qui fait peu et ne doit pas faciliter le train de vie de l’éditeur, heureusement pour lui, généralement il édite d’autres mags sur d’autres sujets.

Plusieurs rédac chef m’ont dit que ça ne valait pas le coup, que c’était marginal mais que c’était de la passion plus que de la raison, au vu de ces chiffres je ne peux qu’acquiescer à cet argument. Pourtant la presse écrite est subventionnée, certains de nos mags le sont certainement. A titre d’exemple en 2011, le ministère de la culture a octroyé une subvention de 9,5 millions d’euros à …Télérama…Vous avez bien lu….Ce mag intello aussi intéressant qu’une heure d’écoute de France Culture à 3h00 du matin…

Autre exemple avec l’Humanité, ce journal très objectif…Qui a reçu 6,2 millions et pour terminer le meilleur : Télé Z qui a reçu 3,745 millions d’euros….Et pendant ce temps là on nous dit qu’il n’y a plus d’argent en France pour nos salaires ou notre retraite !!! Ce sont 5 hebdos télés qui figuraient parmi les 30 journaux les plus subventionnés. C’est connu un mag télé c’est une sacré source d’info !!!! Revenons à notre sujet après ce petit coup de gueule.

 

En attendant, la presse internet, sites et blogs, se professionnalise de plus en plus. On trouve nombre de sites d’infos gratuits vivant de la pub et pour ce qui nous concerne avec les sites d’infos pêche des carnassiers , on est passé de « t’as vu mon gros poisson ! » à « je vais vous expliquer comment prendre ce gros poisson » et c’est tant mieux. De nombreuses plumes que vous retrouvez dans les mags ont commencés et continuent via les blogs, pas que pour moi rassurez vous !

La presse papier spécialisée pêche des carnassiers a encore de l’avenir, certes de moins en moins, je le dis sans aucune animosité mais c’est flagrant au vu de leurs chiffres. Il faudra que certains titres disparaissent pour laisser leur part du gâteau aux autres mais elle sera encore là longtemps. Par contre, celle par internet à tout l’avenir devant elle et je suis fier de faire partie de cette aventure qui n’en est qu’à ses balbutiements.

Les institutionnels n’y croient pas, les annonceurs non plus ou si peu, c’est normal car ils sont dans l’air du temps qui veux qu’on doivent maitriser sa com et avoir son propre blog. Gérer un site demande du temps et de l’argent et il n’est pas outrageant d’essayer de vendre une pub pour se payer le gasoil et le nouvel appareil photo. Si j’avais eu plus de moyens j’aurai pu vous proposer plus de reportages, plus d’essais de matériels, plus d’objectivité, plus d’analyses.

Quant on voit qu’une marque peut payer 800 euros pour une page dans un magazine qui ne sera lu que par 12 000 personnes, on se demande pourquoi il n’ont pas flairé le filon en faisant de même avec un site qui comptabilise 70 000 visites par mois. Au cas où, je suis là  messieurs les annonceurs!!!

BSM, le Canard du pêcheur de carnassiers et Planète Carnassiers sont les plus généralistes à mon sens. Ils parlent de tout, des leurres, des techniques, du tourisme pêche et sont fort bien faits. Petite félicitation au Canard qui dans son dernier numéro a pris le risque de froisser quelques lecteurs en me laissant faire l’apologie de la pêche au vif.

Prédators est un mag qui a choisi de se démarquer, très technique, quelquefois presque trop à mon goût, il ne conçoit que la pêche « sportive » en destination d’un public assez jeune et réceptif aux nouveautés.

Ceci pour démontrer qu’un mag s’adresse ou au pêcheur lambda ou au pêcheur sportif et que le mélange des deux est assez difficile à réaliser. Les sportifs n’aimant pas généralement la pêche au vif et le pêcheur basique rigolant des tenues, du langage et du matériel des sportifs.

Certains de ces mags n’ont que quelques pages de pubs, d’autres n’ont que cela qui remplit presque le tiers de leur publication (c’est celui que je n’ai pas contacté). Si la pub est utile à l’information du lecteur et au nécessaire bénéfice que doit dégager un mag pour tourner, trop devient vite indigeste et on se pose la question habituelle : Tient tient, une pub pleine page puis ensuite un article qui présente le produit……

 

 

 

Les mags ont été depuis longtemps des leaders d’opinions et les idées qu’ils ont propagé ont fait leur nid. Sans les mags papier pas de Nokill ou de prélèvement raisonné, pas de sport dans la pêche, pas de nouvelle techniques ou de nouveau concepts qui ont fait évoluer notre passion….

Mais quelquefois ils vont un peu trop loin. Après avoir fait l’apologie de la pince à poisson (fishgrip) celle ci est devenue un instrument de torture et se retrouve bannie des photos de quelques mags. En cela ils ne font suivre que la tendance qu’on découvre sur les blogs et les forums depuis un an. Et oui, maintenant les mags ne sont plus leaders d’opinion mais suiveurs de ces mêmes opinions. C’est dommage car le professionnalisme des auteurs et le temps de l’analyse était propice à des décisions fondées sur l’objectivité et non basées sur le coté réaction à Facebook. En cela, je pense qu’ils utilisent leur pelle pour creuser leur propre tombe mais comment voulez vous faire autrement. La publication sur un mag de pêche ne s’adresse pas à un esprit analyste mais à un passionné qui veut voir des photos…..Un mag de pêche ce n’est pas Le Point, l’Express ou Le Monde…

C’est bien dommage quelquefois que les mags ne tentent pas de reconquérir le terrain qui était le leur auparavant. C’est difficile, certainement impossible et je suis l’un des rares lecteurs qui apprécierai plus de pluralité, d’objectivité et d’analyse et moins de photos. « T’as qu’à les écrire ces articles » ? Ne manquerez vous pas d’objecter, c’est ce que je fais sur ce site mais pas sur les mags, aucun ne me les prendrai, restons sérieux, ils vendent du rêve à un public qui ne veut que ça. Quand je pose avec un brochet de 60 cm pour parler du drop shot, je ne fais rêver personne mais j’explique à ceux que ça intéresse.

 

Alors quelle sera donc la conclusion de cet article ? Si vous me lisez c’est que vous êtes un passionné et que vous achetez vous aussi des magazines carnassiers. Inconsciemment vous serez plus attiré par l’un que par l’autre, quelquefois vous achèterez un numéro car il traite d’un sujet qui vous intéresse. Et vous continuerez certainement car tenir en main un mag papier vous semble plus « sérieux » et plus agréable qu’un écran d’ordinateur mais pour les plus jeunes qui me lisent, est-ce pareil ?

Quand aux annonceurs, je suis dispo !!!! 70 000 visites/mois !!!! D’ailleurs merci à tous mes lecteurs pour ces chiffres de fréquentation exceptionnels.

Gardez la pêche.

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