J-1 avant le grand cirque de l’ouverture

Cette année encore je suis tout énervé et j’attends demain avec la même ferveur qu’un nonne attend le goupillon !

Demain samedi 9 mars 2013 c’est l’OUVERTURE !!!! Au cas où parmi les presque 2000 lecteurs journaliers de ce site, l’un de vous l’aurait oublié..

 

Donc dès demain, je serai prêt aux aurores pour pouvoir lancer mon vairon à 6h38 (soit une demi heure avant l’heure légale du lever du soleil). Comme d’habitude je serais speed, plutôt nerveux, plutôt ronchon, pas patient pour un sou et jaloux du premier qui aura l’outrecuidance de prendre une truite avant moi.

 Mon épouse s’écartera, pas pour pêcher ailleurs mais pour ne pas avoir à subir mes réflexions énervées du genre « ca va pas ce machin », « trop d’courant », «  keskifoula çuila ? »

 Demain, prenez deux minutes et regardez vous, regardez les autres, c’est riche d’enseignement. A l’aube personne ne viendra taper la causette, personne ne s’attardera à admirer le paysage. Tout le monde sera ultra pressé, ultra concentré, impatient de jeter sa ligne à l’eau, moment libératoire et presque jouissif après tout ce temps passé en préliminaires à préparer son matériel.

 

Cette communion solennelle avec la rivière  est attendue de longue date et représente l’espoir d’une année nouvelle, année où s’enchaineront les prises de poissons tous plus gros les uns que les autres, tous plus beau….

 Chez moi, l’excitation sera forte jusqu’à 9 heures avec le fol espoir d’une jubilation d’avoir pris quelques poissons. La tension finira par redescendre à l’appel du casse croûte, au cri si particulier de la bouteille de Macon Village à qui l’on arrache son bouchon de liège avec un certain savoir faire dut à bon nombre d’ouvertures précédentes (de bouteilles et de truites).

 A ce moment là, l’arrivée de tout copain pêcheur à la voiture et arborant un grand sourire sera considérée comme une déclaration de guerre. Sûr qu’il aura attrapé plus que moi avec ce sourire mesquin !!!! Ou alors il bluffe et vient à la pêche aux infos ???? Lequel va demander en premier combien l’autre à pris ? Buvons un coup, on verra bien !

 

 Et oui la jalousie, l’envie, la convoitise sont aussi l’apanage du pêcheur, c’est humain. Ce n’est pas tant le poisson qu’il veut, c’est prendre le poisson, déclarer à la face du monde qu’il est un grand pêcheur et un grand guerrier…….Et en ce jour d’ouverture ou les passions sont exacerbées, c’est typiquement le raisonnement que je me fais sans bien entendu me rendre compte du ridicule de la situation.

 Le jour de l’ouverture je ne suis plus moi même, j’ai oublié mon sens critique à la maison. Ce dernier m’attend patiemment posé sur mon clavier d’ordinateur, attendant que je rentre et qu’enfin je fasse le point le plus objectivement possible. Au bord de la rivière, j’aborderai les postes n’importe comment et le plus vite possible dans l’espoir de prendre, prendre et reprendre..Mon œil critique s’attardera toujours sur les autres et je repèrerai immédiatement leurs défauts, technique, matériel, comportement, je me gausserai en moi même de l’autre alors qu’en réalité je suis pire. Trop pressé et trop excité, j’en oublierai certainement  une pince au sol ou rangerait une bobine dans la mauvaise poche du gilet en pestant ensuite de ne pas la retrouver.

 

Je ne suis pas l’ombre de moi même ce jour là mais le pire de moi même, un être autoritaire qui s’engueulera tout seul s’il décroche une pauvre truite de bassine. Imaginez si je décroche trois ou quatre poissons, c’en sera fini de ma zénitude pour le reste de la journée.

image lesmomitos.fr

 

Pourtant, à chaque fois, la pression retombe à mesure que de mon demi de bière pourrait remonter. Après le casse croute, toujours rapide (on sait jamais si un autre prenait ma truite du trou sous la roche..) c’est le retour au bord de l’eau, certes moins speed car le vin apaise le guerrier  mais toujours avec cette envie chevillée de combattre.

Ce n’est que vers 11h30, lorsque sonnera le gong de la fin du match que je rendrai enfin les armes. Je me déclarerai ou vainqueur ou vaincu et tel Vercingétorix après Alesia, j’irai déposer mes cannes au pied de la voiture, symbole du retour à la paix des hommes.

Ensuite ce sera la buvette, montée pour l’occasion par un président d’AAPPMA qui pense à guérir les âmes de ses pêcheurs.  Là je n’aurai plus aucune jalousie, j’aurai accepté ma victoire ou ma défaite, ou presque.

 

J’apprendrai là où ça a mordu, avec quelles techniques et je me dirai « ahh, j’aurai du faire comme ça.. » en rendant hommage au copain qui aura réussi.

 Là au pied de la buvette, j’abandonnerai ce coté obscur pour la sagesse du Jédi du Morvan, j’écouterai les autres, je serai bien, j’attendrai patiemment le moment de rentrer jusqu’au lendemain matin où tout ce bazar recommencera dans ma tête…..Au secours, il faut que j’arrête la pêche !

 

Demain je n’aurai pas le temps de me moquer de moi, j’en profite donc un peu aujourd’hui. Amies truites planquez vous, j’arrive plus décidé que jamais !

 Gardez la pêche.

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