Qu’apporte la compétition à la pêche des carnassiers ?
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Encore un article tiré de mon ancien blog qui mérite une seconde vie, je vous laisse juge:

En préambule il me paraît important de citer que je ne suis pas un compétiteur. Je participe un fois l’an seulement à l’Open carnassier des Grands Lacs du Morvan organisé par l’AMC (Association Morvan Carnassier) en partenariat avec Ecogear et j’ai dernièrement fait uune manche du défi Prédators Est, juste pour voir …

 Donc je précisai que je n’étais pas un compétiteur et qu’à ce titre je manque d’un certain recul néanmoins la compétition me paraît porter quatre vecteurs qui valorisent la pêche des carnassiers. Celle ci a bien changé en quelques années, presque fini les barques amarrées avec des bouchons tendus au vif tout autour, maintenant c’est « power fishing, verticale » et autres techniques venues de l’étranger.

 

Ces nouvelles techniques portées par une  génération qui conçoit la pêche comme un véritable sport et non plus comme un délassement a été initiée par les carpistes il y a déjà plus de vingt ans et au delà par les compétiteurs de pêche au coup. Désormais on n’a plus peur d’investir dans un bass boat dernier cri ou dans des ensembles cannes moulinets à plus de 500 euros. Finalement la pêche s’est alignée avec les autres sports. Nos fabricants ont bien compris que la passion se nourrit de matériel onéreux la où la raison n’a plus lieu d’exister face à la ferveur  sportive.

 

La compétition vectrice d’innovation:

Grâce à la compétition, de nouvelles marques ont émergé pour le plus grand bonheur de nos banquiers. Qui auparavant aurait mis 500 euros dans une canne à lancer ? Les moucheurs et les pêcheurs au coup ! Maintenant c’est nous, mais les prix ont tendance à doucement baisser. Ces cannes et ces moulinets fabuleux, qui aurait pu deviner leur arrivée il y a 20 ans?

Alors qu’auparavant les seules innovations avaient été le frein arrière, le nylon fluo et le carbone en 50 ans, maintenant en 10 ans nous avons eu droit à plus d’innovation qu’il n’y en ait eu au 20ème siècle.

Doc fabricant

 

Même si ces innovations datent des années 90, elles n’ont été adoptées par tous que vers 2000/2005. Je parle de la tresse, des anneaux sic, des blanks progressifs, du casting, du fluorocarbone, des bas de ligne en titane, des leurres souples imprégnés……

Grâce à la compétition, à cet appétit implacable de gagner, on va chercher chez les voisins les matériaux inédits, on leur copie les techniques éprouvées. Le drop shot en est un bel exemple, il vient tout droit du Japon et est en passe de devenir la pêche dont tout le monde parle cette année. Il arrive avec sa canne dédiée, son petit moulinet à acheter. Il n’empêche que depuis que je l’ai découvert j’en suis devenu un fervent adepte…

Les cannes deviennent hyper spécialisées, terminé la 2,70 qui fait tout. Il en faut une pour le spinner bait, une pour le mort manié, une pour la tirette, une pour le drop, une pour…….. Ces cannes deviennent de véritables petits chefs d’œuvre de légèreté, de maniabilité et de résonance, concept que l’on ne connaissait pas auparavant. Le street fishing a amené à la création de cannes de voyage presque aussi bonne que des monobrins,  de leurres souples ultra réalistes dans leur nage ou dans leurs coloris. Le rock fishing nous a amené des cannes UL en 2,10m et nous a fait redécouvrir la finesse et la joie d’attraper une perche sur des micro têtes plombées.

La compétition vectrice d’émulation:

Lorsque on pêche simplement, c’est à dire sans esprit de compétition, on trouve sa technique reine et l’on s’y tient contre vents et marées. On la peaufine jusqu’à ce qu’elle devienne une seconde nature, pour certains ça a été la tirette, pou moi ce fut le mort manié que j’ai pratiqué avec assiduité durant presque 15 ans, ma seule digression était la cuiller ondulante. Certes j’ai fait de belles pêches mais je n’avais plus le plaisir que j’ai redécouvert en multipliant les techniques nouvelles: Finesse, texan, drop, power fishing….

Cette émulation vient de la compétition, celle relatée dans la presse halieutique et celle que mes amis et moi entretenons toujours un peu entre nous. Trouver le nouveau leurre qui prendra plus que celui du copain, la nouvelle tresse, trouver un nouveau spot de pêche…..

Sans cette compétition, sans ces modèles, je ne pense pas que j’aurai tant investi dans du matériel de pêche.

  

La compétition vectrice de communication:

Une autre valeur portée par la compétition est celle de se faire rencontrer les gens, les faire échanger, les inviter à se mettre en avant par un comportement différent, un matériel high tech qui les fera discourir sur leur capacité à prendre plus de poissons que d’autres.

Rappelez vous avant la compétition comment se faisait la communication: Seulement au travers d’articles dans les magazines. A cette époque, quelques rares grandes plumes dont Henri LIMOUZIN, nous faisaient découvrir des techniques nouvelles, des lieux de pêche réputés.. Dorénavant les plumes se sont multipliées, les magazines carnassiers aussi, les blogs explosent, les sites internet se créent sans arrêt. Désormais il est si facile d’aborder une nouvelle technique sans se heurter à la méconnaissance de son détaillant. Il suffit de lire, de cliquer, d’envoyer un mail comme certains d’entre vous le font de temps en temps.

Rien ne peut se passer maintenant sans communication, le bouche a oreille qui appuyait la notoriété d’une marque pour une vingtaine d’année est dépassé, la compétition nous amène son lot d’innovation tous les trois mois et seule la presse ou internet peut assurer une communication rapide et donc un attrait, une excitation de l’appétit des pêcheurs. Plus et  toujours plus……

 

 

Le pêcheur se sent devenir un sportif au même titre qu’un joueur de foot, il n’est plus ringardisé comme avant. Il n’a plus honte de dire qu’il adore la pêche, sport de fossile il y a vingt ans. C’est encore la communication des compétitions qui a donné cette image sport de notre loisir préféré. AFCPL, Défi prédators, Challenge interdépartemental, Open des clubs carnassier, et maintenant GL Carla, il y a de quoi faire, de quoi voir et apprendre. Je suis surpris par le nombre de curieux qui viennent admirer les pêcheurs lors des open, et si la pêche des carnassiers devenait « tendance » ?

 

La compétition vectrice d’éthique

 Dernière valeur à mon sens portée par la compétition, c’est l’esprit d’éthique nécessaire à la pratique d’un sport  qui se structure. Les bénévoles s’impliquent lors des concours, prendre du poisson devient accessoire si on  place ce point en rapport avec le fait de rencontrer des pointures qui sauront vous conseiller pour que vous preniez du plaisir à pêcher. Avant les compétitions, les pêcheurs d’exceptions étaient inabordables, noyés dans la masse, maintenant on peut même se permettre de les tutoyer sans qu’ils se vexent !! 

De plus, la pratique de la compétition a été un formidable piédestal pour le Nokill, l’obligation de garder son poisson vivant jusqu’à la pesée, de le relâcher dans de bonnes conditions à fait plus que les grands discours des moralisateurs ichtyophilosophiques. Chacun fait comme il veut mais voir tous ces compétiteurs relâcher les prises et favoriser le Nokill a amené à un phénomène de mimétisme chez la plupart de nos collègues. Même les plus grands « viandards » d’antan se mettent au Nokill ou au prélèvement raisonné depuis qu’il ont vu que ces pratiques rendaient honorables.

Maintenant nous nous sentons plus  concernés qu’avant, éthique sur le matériel qui doit être en bon état pour le plaisir, éthique sur la propreté (on ne jette plus ses canettes au fond du lac), éthique sur la politesse (on se dit bonjour entre pêcheurs de carnassiers, on échange) et éthique sur le respect du poisson avec la promotion du Nokill ou de la protection des frayères.

 Alors, en conclusion, je dirai qu’heureusement que la compétition est là. Elle nous a fait progresser  dans une forme de sagesse et elle à fait que le grand public ne nous regarde plus comme des types bizarres.

 

 

Vive la compétition, il faudra vraiment que je m’y mette un jour.

 Gardez la pêche.

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About sylvain l'esoxiste

53 ans, habitant la région du Morvan, spécialiste de la pêche des carnassiers, auteur halieutique pour 1max2peche et Le Chasseur Français. Suivre esoxiste.com sur Facebook
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