No Kill, catch and release, graciation, faut il généraliser cette mesure ?
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avatar-esoxiste-saison-2012Les abrutis de claviers qui crient à la pendaison du pauvre pêcheur qui poste une photo de poisson mort sur Facebook vont encore me maudire, mais peu importe. Le Nokill est dans l’absolu une belle idée, noble, de bon gestionnaire halieutique mais est elle vraiment  à généraliser ?

Tentons d’y réfléchir calmement et objectivement.

Voyons ce qui pourrait s’opposer au nokill de façon dépassionnée et la plus objective possible, ce qui ne sera pas évident. Je n’aborderai pas ce qui peut justifier le Nokill car d’autres le font partout sur le net, et il font tellement de bruit que mes arguments ne feraient rien de plus.

release-bec-(3)Malgré ce que dit la légende, le vrai nokill, pas le catch and release, n’a pas été inventé par un moucheur  passionné et sportif aux USA, c’est plus terre à terre que ça. Le Nokill est une notion anglaise de pêcheries privées, c’est juste une mesure pour ne pas dépenser trop d’argent en rempoissonnement et se faire plaisir à la pêche, ensuite certains y ont vu une philosophie…

A la pêche, le plaisir revêt deux formes et une troisième plus marginale : Le combat avec une bête sauvage, la capture d’un animal  pour l’émotion primale et le dépaysement, le sentiment de faire corps avec la nature pour cette troisième forme de plaisir qui est plus un corollaire des deux premières car qui va à la pêche juste pour le dépaysement ?

Nous avons en nous, quoiqu’on en dise, une grande part d’animalité. Tout comme les grands prédateurs évolués que sont les mammifères nous aimons chasser et  jouer avec nos proies. Ce besoin de redevenir de temps en temps un prédateur est inscrit au plus profond de notre être, c’est atavique, nous ne pouvons pas faire autrement sans choper le blues !

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Certains chassent littéralement, d’autres chassent le champignon et certains pêchent car l’homme dans son évolution a toujours fait cela. On pourrait presque dire que ces actes font de nous des hommes car leur finalité n’est rien de moins que ce que nos gènes nous obligent à faire inconsciemment.

Pour la pêche, c’est ce profond besoin d’être un limier, un combattant, un individu qui arpente la nature et prend la vie donc le pouvoir qui nous anime. Peu importe quel est le poisson, le brochet, la carpe, la carangue, le gardon…Nous sommes ce que nous sommes au plus profond de notre être.

Orient3 230612 (5)Deux comportements se dessinent ensuite, ceux qui assument à fond ce coté animal et qui comme moi ne s’émeuvent pas de tuer, voir en jubilent à la chasse, et ceux qui sont plus réservés sur cet aspect de leur personnalité.

La loi dit que si vous avez payé une carte de pêche et que vous êtes sur un parcours autorisé, à la date autorisée, vous pouvez tuer en emmener le poisson pris. Vous pouvez, pas vous devez, nuance subtile…Certains qui aiment le poisson vont le faire, d’autres le feront de temps en temps et certains ne le feront pas du tout.

Jusque là rien d’anormal, sauf quand on entend régulièrement la dernière catégorie hurler partout que c’est mal de tuer un poisson !!! Pour l’équilibre on devrait entendre de temps en temps le contraire, non ?

Tuer un poisson ce n’est pas mal, c’est tuer un poisson tout simplement, c’est tuer un animal au cerveau peu développé mais très adapté à son milieu, comme la mouche ou la guêpe que ces mêmes  personnes tueront sans état d’âme.

Orient3 230612 (7)Essayez de transposer la pêche en Nokill à la chasse. Il faudrait donc traquer l’animal, lui tirer dessus avec une munition non létale de façon à le stopper pour se l’approprier puis le ranimer avant de le laisser partir ? A mon avis les mamies chien-chien et les écolos ne seraient pas d’accord sur le fait d’apporter de la souffrance gratuitement, juste pour le fun. C’est pourtant ce que nous faisons à la pêche en relâchant les poissons.

Oui nous sommes des méchants car nous faisons souffrir gratuitement un animal vivant. Nous lui pendons un bout de ferraille pointu dans la gueule, nous l ‘épuisons physiquement, nous le sortons de son milieu en l’asphyxiant avant de faire le malin avec lui agonisant sur une photo.  Ce n’est pas éthiquement dégueulasse ça ?  Qui plus est nous blessons cet animal en lui ôtant du mucus, donc nous hypothéquons ses chances de survie !

La Suisse a tranché et a interdit le Nokill, tout du moins certains cantons. Ils vont même plus loin en  envisageant d’interdire la pêche aux enfants sous prétexte qu’elle véhicule de mauvais comportement et pourrait les traumatiser….Quand on pousse un raisonnement trop loin on en arrive toujours à ce genre d’idées débiles mais qui feront les choux gras de certains !

Revenons au  Nokill basique, il en résulte que le poisson, bien que pas très malin, finit quand même par s’éduquer  et devient de ce fait de plus en plus difficile à prendre. Les présidents d’AAPPMA se prennent cet argument dans les gencives à longueur d’ assemblées générales.

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Est ce sport le Nokill ?

Le sport véhicule t’il cette notion de souffrance de la proie ? Le sport c’est généralement souffrir soi même pour le seul plaisir de se faire plaisir et accessoirement faire du spectacle pour que des gens normaux deviennent l’espace d’un temps des décérébrés en agissant en supporters. Décérébrés ou moutons, peu importe, c’est encore là un espace de notre animalité qui nous fait agir en meute.

sandrillon-du-060512-2Le fait d’exhiber un poisson sur une photo ne serait qu’un concours de la plus grosse quéquette, puisque faire souffrir un animal sur une photo pour prouver qu’on l’a pris n’est que montrer à tous son trophée de chasse et que l’on est un bon chasseur !

Vouloir parler sport dans ce cadre me paraît un tantinet vachement éloigné des valeurs de Pierre de Coubertin, pour toutefois revenir aux valeurs originelles du sport pratiqué dans l’ancienne Grèce où on ne se souciait guère du sort des animaux.

Selon moi, la pêche en Nokill véhicule plus des valeurs ressemblant à celles de la tauromachie ou des combats de coqs si honnis de certains.

Évidemment le Nokill se veut  donner une bonne image du pêcheur au non pêcheur, c’est dans l’air du temps, préserver la ressource, penser durable… Sauver la planète pendant qu’on y est. Pourtant les plus grands partisans du Nokill sur clavier ne viennent que très peu aux sorties de nettoyage des berges de leurs AAPPMA. Je parle là de tous ces gamins pré pubères qui se prennent pour les meilleurs pêcheurs du monde sur Facebook, ainsi que quelques uns plus âgés, nous en connaissons tous.

brocheton-du-140711dLe Nokill, en tant que gestionnaire piscicole au sein de mon AAPPMA j’y suis 100 % pour. Je m’en cogne de faire souffrir un poisson, sinon j’arrêterai la pêche et j’aime les endroits où il y a beaucoup de poissons.

En tant que simple pêcheur, je m’en moque, ce n’est pas pour ramener à la maison un poisson que je vais à la pêche, c’est pour le « fight ».

En tant que simple homme qui réfléchit, je me dis que cette notion est plutôt biscornue, cueillir une cerise pour la remettre dans l’arbre ? Bôf, pourquoi pas.

Voilà ce qui arrive lorsqu’on pousse la réflexion dans ses recoins, on en arrive souvent à des conclusions extrêmes, voir extrêmement bêtes.

La mienne de conclusion sera toute simple, si un homme bouffe tous les poissons de la rivière, au bout d’un moment il n’y en aura plus, donc en croquer un de temps en temps c’est profiter de ce que la nature veut bien nous donner sans taper dans le capital et ce n’est pas répréhensible s’il n’y a pas d’abus.

Allez donc  à la pêche, gardez de temps en temps un poisson pour le manger avec des amis, avec ceux que vous aimez. Vous serez le grand guerrier qui ramène du butin à sa tribu.

Quand aux rigoristes du Nokill partout, faites comme vous voulez mais arrêtez vos leçons de morale animaliste!

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Et pour terminer, message aux imbéciles qui appellent au meurtre sur les réseaux sociaux lorsqu’ils commentent des photos qui ne vont pas dans le sens de leur sensibilité…Regardez vous bande d’ânes bâtés, votre comportement est tout aussi indigne de  l’être humain sensible que vous pensez être. Vous faites souffrir gratuitement des être vivants, les autres humains  n’appellent pas au meurtre à votre encontre pour ça.

Allez, gardez la pêche.

 

About sylvain l'esoxiste

53 ans, habitant la région du Morvan, spécialiste de la pêche des carnassiers, auteur halieutique pour 1max2peche et Le Chasseur Français. Suivre esoxiste.com sur Facebook
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