Le problème des cormorans face au parlement Européen

Extrait de la proposition de loi au parlement Européen en 2008 par le député Allemand Heinz Kindermann pour la régulation du cormoran.

« Rapport sur l’établissement d’un plan européen de gestion des cormorans permettant de réduire l’impact croissant des cormorans sur les ressources halieutiques, la pêche et l’aquaculture par Heinz KINDERMANN« .

Merci à Eric BB pour m’avoir fait passer ce document.

Ce rapport et cette proposition ont été « classés » c’est bien dommage, pour une fois qu’un député européen aidait les pêcheurs.

Je vous passe la partie « proposition de résolution » qui demandait la régulation pour en arriver aux arguments:

EXPOSÉ DES MOTIFS

Les cormorans (Phalacrocorax) sont un genre de l’ordre des palmipèdes (Pelecaniformes). Il s’agit d’oiseaux marins de taille moyenne à grande, qui couvent en colonie et sont présents partout dans le monde[1]. L’espèce de cormoran la plus répandue en Europe est le grand cormoran Phalacrocorax carbo, et les deux sous-espèces guère discernables l’une de l’autre que sont Phalacrocorax carbo carbo (grand cormoran atlantique) et Phalacrocorax carbo sinensis (grand cormoran continental). On peut les qualifier d’espèces indigènes en Europe, que l’on retrouve tant le long des côtes que dans les eaux intérieures. Les spécimens présents dans l’intérieur des terres préfèrent souvent les grandes étendues d’eau, mais ils survolent également les cours d’eau moins importants en moyenne montagne. Les cormorans sont des oiseaux migrateurs partiels qui, au terme de la saison de couvaison, entament des migrations plus ou moins longues – ce sont surtout les cormorans des zones froides et tempérées de l’hémisphère Nord qui, l’hiver venu, migrent des centaines de kilomètres plus au Sud.

Les cormorans se nourrissent exclusivement de poissons, à raison de 400-600 g par jour. Ce sont des « prédateurs opportunistes », qui ne privilégient pas certaines espèces de poissons, mais capturent les proies les plus faciles dans les eaux qu’ils survolent. Le plus souvent, il s’agit de spécimens de 10 à 25 cm de long, mais les cormorans peuvent venir à bout de proies pouvant atteindre 60 cm de long et un poids d’un kilo.

Pour chasser, les cormorans plongent en ligne droite de la surface vers le fond, suivent activement leur proie qu’ils capturent avec le bec, avant de la ramener à la surface. Vivant en colonie, les cormorans partent le plus souvent à la chasse au sein de grands groupes. Si chaque oiseau chasse habituellement pour son propre compte, il arrive que se constituent des groupes de 25 à plusieurs centaines de spécimens, qui commencent par encercler les poissons, tant et si bien qu’un pourcentage important du stock présent dans une étendue d’eau déterminée peut être dévoré assez rapidement. Doté d’une espérance de vie importante, ce grand oiseau ne procrée qu’à partir de l’âge de 3-5 ans. On estime que la population globale présente en Europe évolue aux alentours de 1,7-1,8 million d’oiseaux (au moins)[2].

La directive 79/409/CEE concernant la conservation des oiseaux sauvages et les mesures de protection de leurs lieux de nidification prises au titre de cette directive ont contribué à l’augmentation disproportionnée de la population de cormorans, qui s’installent désormais bien au-delà de leurs zones de nidification traditionnelles et gagnent des régions où ils n’étaient pas présents auparavant. Dans nombre de zones de l’Union européenne, cette surpopulation importante a eu des répercussions immédiates sur les ressources halieutiques locales et la pêche et fait de la présence des cormorans un problème de dimension européenne.

Pour mieux mettre en évidence la menace qui pèse sur les stocks de poissons dans les étendues d’eau libre des côtes et de l’intérieur des terres, relevons qu’à raison d’un besoin quotidien de 400-600 g de poisson par individu, les cormorans capturent chaque année plus de 300 000 tonnes de poisson dans les eaux européennes. Dans nombre d’États membres, cela équivaut à plusieurs fois la production annuelle de la pêche professionnelle en eau douce et de l’aquaculture. À titre d’exemple, ce chiffre dépasse la production aquacole de la France, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Allemagne, de la Hongrie et de la République tchèque réunies.

Les pertes sont tout particulièrement préoccupantes pour les espèces déjà menacées que sont par exemple l’anguille, l’ombre, le nase commun et autres cyprinidés, ainsi que chez les saumoneaux (smolts). La pêche au chalut souffre quant à elle non seulement de la réduction des possibilités de capture, mais aussi de dégâts directs aux filets.

À ce jour, aucune coordination communautaire des mesures à prendre ou harmonisation des bases juridiques nationales afférentes à ce domaine n’est intervenue. Deux des projets[3] financés par la Commission européenne au titre du 5e programme-cadre pour la recherche et le développement technologique, FRAP (clôturé en 2006) et REDCAFE (clôturé en 2005) se sont aussi attelés, entre autres, à concilier les intérêts entre la pisciculture et la protection des oiseaux dans le cas du cormoran, et sont arrivés à des conclusions divergentes.

Au niveau international, le dossier a été débattu dès 1994 lors de la réunion du conseil scientifique de la convention de Bonn[4]. Ce dernier avait recommandé l’élaboration d’un plan de gestion des cormorans, mais cette recommandation n’a débouché sur aucun catalogue de mesures concrètes.

Des avis officiels au niveau de l’UE en faveur d’une stratégie communautaire visant à résoudre le problème des cormorans ont été rendus depuis 1996[5]. Des demandes concrètes de plan de gestion européen des cormorans ont récemment été présentées par la Conférence de Bonn de l’EIFAC[6] (European Inland Fischeries Advisory Commission de la FAO) en novembre 2007. L’ACFA (Advisory Committee on Fischeries and Aquaculture) s’est également prononcée majoritairement en faveur d’un tel plan[7].

Les mesures autorisées jusqu’ici dans certains États membres ont pour objet quasi exclusif de tenir les cormorans à l’écart de certaines eaux, ou de les en chasser, ce qui revient à les repousser vers d’autres zones où les dégâts sont potentiellement moins élevés.

Parmi les nombreuses méthodes mises en œuvre, la plus efficace semble avoir été le recours à la surtension autour des bassins d’élevage intensif. Dans les viviers de plus grande taille et les étendues d’eau libre, où une telle technique n’est pas applicable, les mesures prises ont atteint leur efficacité maximale lorsqu’elles étaient accompagnées d’abattages isolés.[8] Toutefois, l’efficacité des méthodes d’écartement est limitée – faute de dépenses considérables – par le fait qu’elles ne fonctionnent que si le nombre total d’oiseaux dans la région est relativement faible et qu’ils peuvent dès lors trouver suffisamment de nourriture dans des eaux situées à proximité.

Jusqu’ici, seuls quelques États membres ont autorisé les mesures et interventions dans les colonies de nidification, et encore: dans quelques cas isolés – à l’exception du Danemark.

À ce jour, le seul facteur qui a mis un frein durable à la prolifération des cormorans est la raréfaction de leurs lieux de couvaison. Les autres mesures envisageables – destruction des sites de nidification, harcèlement durant la période de couvaison ou stérilisation des œufs par enrobage à l’aide d’huile – ont été jugées, pour des raisons diverses, trop consommatrices de main‑d’œuvre, trop coûteuses ou trop controversées sur le plan politique pour faire l’objet d’une mise en œuvre systématique.

Situation juridique

Le cormoran est une espace d’oiseau vivant naturellement à l’état sauvage. En tant que telle, elle est visée par la directive 79/409/CEE du 2 avril 1979 concernant la conservation des oiseaux sauvages[9]. Contrairement à la sous-espèce Phalacrocorax carbo carbo (cormoran atlantique), jamais menacée, le Ph. carbo sinensis était à l’origine repris dans l’annexe I, parmi les espèces exigeant des mesures de conservation spéciale. Il a toutefois été retiré de cette liste en 1997, sa situation n’étant plus jugée défavorable depuis 1995 au moins.

Le cormoran n’étant pas repris dans les listes des espèces pouvant être chassées en vertu de la directive susmentionnée (annexes II.1 et II.2), toute chasse régulière est exclue. Comme toutes les autres espèces vivant naturellement à l’état sauvage, il dispose d’une protection quasi absolue, matérialisée par l’interdiction de la capture ou de l’abattage intentionnel, de la détérioration ou de la destruction intentionnelle des nids ou des œufs, ou du harcèlement intentionnel, notamment durant la période de couvaison.

En vertu de la directive[10], les États membres peuvent toutefois déroger à ces mesures de protection draconiennes « pour prévenir les dommages importants aux cultures, au bétail, aux forêts, aux pêcheries et aux eaux«  ou « pour la protection de la flore et de la faune », s’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante. Pour être accordées, les dérogations doivent cependant reposer sur des éléments fondés, qui attestent de l’existence d’un risque de « dommage important »[11].



[1]     Les cormorans disposent de zones de distribution extrêmement étendues et sont présents sur tous les continents, à l’exception de l’Antarctique. Ces oiseaux, qui se nourrissent exclusivement de poisson, sont cependant absents des grandes étendues continentales arides et pauvres en eau d’Asie centrale, d’Amérique du Nord et d’Afrique.

[2]     Ces chiffres portent sur les trois groupes de population européens de Ph. carbo carbo (Norvège, Iles britanniques, ouest de la France: augmentation modérée, de 30 000 à 39 000 couples), le groupe Ph. carbo sinensis d’Europe occidentale (passage de 5 000 à 136 000 couples) et celui de Sinensis d’Europe orientale (dont la principale aire de répartition est la région du Danube, la mer Noire et l’Ukraine: passage de 5 000 à 113 000 couples). Pour une évaluation sommaire de la population globale, on peut appliquer la formule « nombre d’oiseaux nicheurs x facteur 2,8 » (Suter 1995). On obtient des chiffres similaires en évaluant les cohortes d’âge qui ne sont pas en âge de procréer.

[3]     Voir www.frap-project.net et www.intercafeproject.net : INTERCAFE, financé dans le cadre du programme COST comme programme de suivi de REDCAFE, doit être clôturé à l’automne 2008.

[4]     Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS); voir www.cms.int.

[5]     Voir résolution du PE B4-0138/96 ainsi que les conclusions du Conseil Pêche du 28.1.2003.

[8]     L’État libre de Bavière a autorisé, entre 1996 et 2002, l’abattage de quelque 23 000 cormorans, tandis que la France le faisait pour 30 000 spécimens en 2003-2004, sans impact notable sur le nombre de cormorans présents durant l’hiver dans la région.

[9]     Publiée au Journal officiel C 103 du 25.4.1979.

[10]  Cf. article 9, paragraphe 1, point a), deuxième et troisième tirets.

[11]  Si l’on exige fréquemment la présentation de « preuves scientifiques » des dégâts occasionnés, cela n’est cependant pas nécessaire en toutes circonstances et certainement pas lorsque les dégâts sont déjà présents. En vertu de la directive, il suffit de disposer d’indices plausibles d’un risque de dommages importants. L’appréciation des arguments avancés est toutefois du ressort des autorités compétentes.

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About sylvain l'esoxiste

51 ans, habitant la région du Morvan, spécialiste de la pêche des carnassiers, auteur halieutique pour Planète Carnassiers, 1max2peche et Le Chasseur Français. Suivre L'Esoxiste sur Google+ et esoxiste.com sur Facebook
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3 Responses to Le problème des cormorans face au parlement Européen

  1. Il faudra un jour qu’on considère que les elections européennes sont importantes et ne plus laisser toute les places a EELV. Ils nous ont déja fait bien assez de mal avec leur utopie gnan gnan.

  2. Comme c’est le Danemark est le pays d’origine du cormoran avec des lieux de nidifications ancestraux dans le nord du Jytland. Pour rappel, ce sont les pratiques traditionnelles danoises qui avaient mises l’espèce en voie d’exctintions…. Maintenant que l’espèce se porte trop bien. Le Danemark a reprit certaines dispositions pour que le cormoran ne devienne pas un fléau… Affaire à suivre car l’Europe devra agir pour éviter de faire disparaître d’autres espèces piscicoles.